Alimentation et poids · La science dit
IMC, tour de taille, IVC : quelle mesure dit vraiment quelque chose ?
L’IMC tient en une division, et c’est sa force comme sa faiblesse : il ne sait pas où est votre poids ni de quoi il est fait. On parle de le remplacer par l’IVC, calculé à partir d’un scanner 3D. Ce que la recherche soutient aujourd’hui est plus modeste, et tient dans un mètre ruban.
Dans le guide Perdre du poids : ce que la science sait vraiment en 2026Table des matières · 6 parties
Deux personnes mesurent 1,78 m et pèsent 90 kg. La première fait de l’aviron trois fois par semaine, la seconde passe ses journées assise et porte son poids au ventre. Pour l’indice de masse corporelle, elles sont identiques : 28,4, « surpoids ». Pour leur cœur, pas forcément.
L’IMC est le poids en kilos divisé par la taille au carré. Il a été conçu pour comparer des populations, et il le fait bien. Le problème commence quand on lui demande de juger une personne.
Ce que l’IMC voit, et ce qu’il ne voit pas
L’IMC ne distingue pas le muscle de la graisse, et il ne sait pas où se trouve la graisse. Une méta-analyse de 25 études, près de 32 000 personnes dont la masse grasse avait été mesurée par une technique de référence, l’a chiffré : aux seuils habituels, l’IMC ne repère qu’environ la moitié des personnes dont la masse grasse est trop élevée1. Quand il dit « obésité », il se trompe rarement. Quand il ne dit rien, il rate beaucoup de monde.
Il a d’autres angles morts, que les recommandations officielles écrivent noir sur blanc :
- Les muscles. L’autorité de santé britannique demande d’interpréter l’IMC avec prudence chez les personnes très musclées2.
- L’âge. Même prudence après 65 ans, où un IMC un peu plus haut n’a pas le même sens2.
- L’origine. En 2004, une consultation d’experts de l’OMS a constaté que chez beaucoup de personnes d’origine asiatique, le risque de diabète et de maladie cardiovasculaire monte dès un IMC de 22 à 25, et a proposé des repères plus bas, à 23 et 27,53. Le Royaume-Uni applique ces seuils abaissés aux personnes d’origine sud-asiatique, chinoise, du Moyen-Orient, d’Afrique noire ou afro-caribéenne2.
En 2025, une commission de 58 experts réunie par The Lancet Diabetes & Endocrinology, soutenue par 76 organisations, a tiré la conséquence : l’IMC doit servir à mesurer un risque à l’échelle d’une population ou à dépister, pas à juger la santé d’une personne. Pour confirmer un excès de graisse, elle demande au moins une autre mesure, comme le tour de taille, ou une mesure directe de la masse grasse4. La même commission distingue l’obésité clinique, une maladie où l’excès de graisse altère déjà le fonctionnement d’organes ou les gestes du quotidien, de l’obésité préclinique, où il augmente le risque sans avoir encore rien abîmé.
Le « paradoxe de l’obésité », et pourquoi il s’efface
Vous avez peut-être lu que les personnes en surpoids vivent plus longtemps. Ce n’est pas une invention : une méta-analyse de 97 études et près de 2,9 millions de personnes trouvait en 2013 une mortalité un peu plus basse en surpoids qu’au poids dit normal5.
Le piège est connu : on compte parmi les minces des fumeurs, et des personnes qu’une maladie a fait maigrir avant de les emporter. En 2016, une analyse de 239 études a repris les données individuelles en ne gardant que les non-fumeurs sans maladie chronique au départ, et en écartant les cinq premières années de suivi : près de 4 millions de personnes. Le paradoxe disparaît. La mortalité est la plus basse entre 20 et 25, et elle monte dès le surpoids6. Le lien est plus faible chez les personnes âgées, ce qui rejoint la prudence des recommandations.
Autrement dit : l’IMC ne ment pas sur les grands nombres. Il est simplement trop grossier pour dire, à lui seul, où vous en êtes.
L’IVC : une promesse, pas encore une preuve
L’« IVC » dont parlent certains articles est l’indice de volume corporel, traduction du Body Volume Index. Il vient d’une entreprise britannique qui fabriquait des scanners 3D pour l’habillement, et il a été développé avec la Mayo Clinic, aux États-Unis7. L’idée est bonne : au lieu d’un poids, mesurer le volume du corps et sa répartition, notamment celui du ventre.
Ce que disent les études publiées :
- Le scanner mesure bien un volume. Sur plus de 1 200 personnes, le volume qu’il calcule correspond de très près à celui d’un appareil de référence. La masse grasse qu’on en déduit, en revanche, reste imprécise d’une personne à l’autre8.
- Il repère un peu mieux le syndrome métabolique que l’IMC. En 2024, sur 1 280 personnes vues une seule fois, l’indice obtenait un score de 0,83 contre 0,77 pour l’IMC, sur une échelle où 1 serait un repérage parfait9.
Et ce qu’elles ne disent pas. Toutes viennent de l’équipe qui le développe, et les auteurs déclarent que la Mayo Clinic et deux d’entre eux peuvent en tirer un bénéfice financier. Il s’agit d’une photographie à un instant, surtout chez des personnes blanches, sans aucun suivi de santé : on ne sait pas si l’IVC prédit mieux les maladies ou la mortalité, faute d’étude9. Nous n’avons trouvé aucune étude indépendante.
L’IVC n’est donc pas « mieux que l’IMC » : il est peut-être mieux, et personne n’a encore montré qu’il l’était pour ce qui compte. En attendant, l’essentiel de ce qu’il capte, la graisse au ventre, se mesure beaucoup plus simplement.
Le tour de taille rapporté à la taille : la mesure qui tient
Une méta-analyse de 31 études, plus de 300 000 adultes de plusieurs origines, a comparé les mesures entre elles : le rapport tour de taille / taille repère un peu mieux que l’IMC, et mieux que le tour de taille seul, le diabète, l’hypertension ou le syndrome métabolique10. Le gain est modeste. Mais la mesure coûte un mètre ruban.
C’est ce que recommande l’autorité de santé britannique depuis 2022, pour les deux sexes, toutes les origines, et même les personnes très musclées, tant que l’IMC reste sous 35 : garder son tour de taille sous la moitié de sa taille2.
| Rapport tour de taille / taille | Ce que ça indique |
|---|---|
| 0,40 à 0,49 | pas de risque accru |
| 0,50 à 0,59 | risque accru |
| 0,60 et plus | risque plus élevé encore |
Un cousin de cette mesure fait parler de lui, l’indice de rondeur corporelle, qui se calcule lui aussi avec le tour de taille et la taille, en modélisant le corps comme une ellipse11. Dans une cohorte de près de 33 000 adultes américains suivis dix ans, les plus « ronds » avaient un risque de décès supérieur de moitié environ à ceux du milieu, et les plus minces un risque accru aussi : une courbe en U12. C’est une association, que les auteurs demandent de confirmer ailleurs, mais elle dit la même chose que le reste : la forme compte, pas seulement le poids.
Comment mesurer son tour de taille
- Debout, sans vêtement serré, trouvez le bas de vos côtes et le haut de vos hanches.
- Placez le mètre ruban à mi-chemin, ce qui tombe en général juste au-dessus du nombril, bien à l’horizontale.
- Expirez normalement, sans rentrer le ventre, et lisez.
- Divisez par votre taille, dans la même unité : 90 cm pour 1,78 m, soit 178 cm, donne 0,51.
Mesurez toujours de la même façon, au même moment de la journée : au ruban, deux personnes différentes peuvent trouver près de 4 cm d’écart sur la même taille, d’après une petite étude de 83 adultes13.
Et dans Challenge Us
L’app affiche l’IMC, et c’est assumé : pour un défi de poids, il donne une échelle commune, la même pour tous et sans matériel. Dans le modèle « Perte de poids : 3 mois », chacun se pèse chaque jour et fixe son propre objectif ; l’IMC sert de repère sur l’échelle de l’OMS, et de garde-fou, puisque l’app refuse un objectif sous un IMC de 18,5. Le classement, lui, compare le chemin parcouru vers l’objectif de chacun, en pour cent, pas les IMC entre eux. Ce que cet article dit de l’IMC vaut donc pour l’app : un repère, pas un verdict.
L’app suit aussi le tour de taille : dans l’onglet Journal, vue Mesures, vous le notez une fois par mois, et elle calcule votre rapport tour de taille / taille. Cette mesure reste à vous seul, elle n’entre dans aucun défi ni aucun classement. Si votre balance mesure la masse grasse, la side quest « masse grasse » d’un défi de poids la note à chaque pesée, là aussi sans effet sur le classement.
Pour la méthode d’ensemble, lisez notre guide pour perdre du poids sans se raconter d’histoires. Et si vous vous demandez pourquoi la balance ralentit au fil des semaines, c’est le sujet de notre article sur le métabolisme de base.
En cas de doute
Ces mesures sont des repères de dépistage, pas un diagnostic. Si votre rapport tour de taille / taille dépasse 0,5, ou si votre poids vous inquiète, parlez-en à votre médecin : lui seul peut juger avec vos antécédents, votre tension et vos analyses. En France, le site de l’Assurance maladie (ameli.fr) et le programme Manger Bouger de Santé publique France donnent des repères fiables.
Sources
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Okorodudu, D. O. et al. (2010). Diagnostic performance of body mass index to identify obesity as defined by body adiposity: a systematic review and meta-analysis. International Journal of Obesity, 34(5), 791-799. 25 études, 31 968 personnes ; sensibilité groupée 0,50, spécificité 0,90. ↩
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National Institute for Health and Care Excellence (2025, mis à jour en 2026). Overweight and obesity management (NG246), recommandations 1.9.7 à 1.9.15 (2022) et encadré 1 sur la mesure du tour de taille. ↩ ↩2 ↩3 ↩4
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WHO Expert Consultation (2004). Appropriate body-mass index for Asian populations and its implications for policy and intervention strategies. The Lancet, 363(9403), 157-163. ↩
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Rubino, F. et al. (2025). Definition and diagnostic criteria of clinical obesity. The Lancet Diabetes & Endocrinology, 13(3), 221-262. Texte intégral. Rapport de commission, 58 experts. ↩
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Flegal, K. M., Kit, B. K., Orpana, H. et Graubard, B. I. (2013). Association of all-cause mortality with overweight and obesity using standard body mass index categories: a systematic review and meta-analysis. JAMA, 309(1), 71-82. 97 études ; surpoids HR 0,94. ↩
-
The Global BMI Mortality Collaboration (2016). Body-mass index and all-cause mortality: individual-participant-data meta-analysis of 239 prospective studies in four continents. The Lancet, 388(10046), 776-786. Texte intégral. Analyse principale sur 3,95 millions de non-fumeurs sans maladie chronique. ↩
-
Barnes, R. (2014). Body shape and weight distribution: the Body Volume Index (BVI) and the Body Mass Index (BMI). Dans Designing Apparel for Consumers, Woodhead Publishing. Chapitre signé par le dirigeant de l’entreprise qui commercialise l’indice. ↩
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Medina-Inojosa, J. et al. (2017). Validation of a White-light 3D Body Volume Scanner to Assess Body Composition. Obesity: Open Access, 3(1). Texte intégral. 1 214 personnes comparées à la pléthysmographie. ↩
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Medina Inojosa, B. J. et al. (2024). Prediction of presence and severity of metabolic syndrome using regional body volumes measured by a multisensor white-light 3D scanner and validation using a mobile technology. European Heart Journal - Digital Health, 5(5), 582-590. Texte intégral. Étude transversale, 1 280 personnes ; déclaration d’intérêts des auteurs en fin d’article. ↩ ↩2
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Ashwell, M., Gunn, P. et Gibson, S. (2012). Waist-to-height ratio is a better screening tool than waist circumference and BMI for adult cardiometabolic risk factors: systematic review and meta-analysis. Obesity Reviews, 13(3), 275-286. 31 études, plus de 300 000 adultes. ↩
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Thomas, D. M. et al. (2013). Relationships between body roundness with body fat and visceral adipose tissue emerging from a new geometrical model. Obesity, 21(11), 2264-2271. Texte intégral. ↩
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Zhang, X. et al. (2024). Body Roundness Index and All-Cause Mortality Among US Adults. JAMA Network Open, 7(6), e2415051. Texte intégral. Cohorte NHANES de 32 995 adultes, suivi médian de 10 ans ; HR 1,49 pour un indice de 6,9 ou plus, 1,25 sous 3,4. ↩
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Medina-Inojosa, J. et al. (2016). Reliability of a 3D Body Scanner for Anthropometric Measurements of Central Obesity. Obesity: Open Access, 2(3). Texte intégral. 83 adultes ; écart moyen entre deux observateurs de 3,9 cm au ruban. ↩
Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog