Bien-être · Guide

Traverser un deuil ou une rupture en gardant quelques repères

Après une perte, les journées perdent leur forme. On mange quand on y pense, on dort mal, on ne sait plus par quoi commencer. Cet article ne dit pas comment faire son deuil : personne ne le sait pour vous. Il dit ce que les études ont appris, et pourquoi quelques repères simples peuvent aider à tenir.

Dans le guide Prendre soin de soi : les petits défis qui changent vraiment quelque chose
Table des matières · 6 parties

Perdre quelqu’un, qu’il soit mort ou parti, défait tout ce qui faisait tenir les journées. Cet article ne remplace ni un proche, ni un médecin, ni un psychologue. Il ne promet pas d’aller mieux en cinq étapes. Il rassemble ce que la recherche a appris, pour enlever quelques poids inutiles, et propose de garder deux ou trois repères pendant que le reste bouge.

Les étapes du deuil ne sont pas un programme

Déni, colère, marchandage, dépression, acceptation : les cinq étapes sont partout. Une étude qui a suivi 233 personnes endeuillées a regardé ce qu’elles ressentaient vraiment1. L’acceptation était la réponse la plus fréquente, dès les premiers mois. Parmi les ressentis difficiles, c’était le manque de la personne qui dominait, bien plus que l’incrédulité. Les pics suivaient à peu près l’ordre des étapes, mais aucune n’était un passage obligé.

Ce qu’il faut en retenir : si vous ne ressentez pas de colère, si vous acceptez vite, si le manque revient par vagues des mois plus tard, rien ne cloche. Il n’y a pas d’ordre à respecter.

Osciller, c’est normal

Un modèle très cité décrit le deuil comme un va-et-vient : des moments tournés vers la perte (pleurer, se souvenir, regarder des photos), et des moments tournés vers la vie qui continue (les démarches, le travail, les petits plaisirs)2. Selon ce modèle, les deux sont nécessaires, et passer de l’un à l’autre, s’accorder des pauses dans le chagrin, n’est pas fuir. C’est un modèle, pas une loi, mais il met des mots sur ce que beaucoup vivent et se reprochent : « j’ai ri aujourd’hui, est-ce que c’est normal ? » Oui.

C’est là que les repères du quotidien servent. Ils ne font pas disparaître la peine. Ils donnent un endroit où se poser entre deux vagues.

Les repères qui aident à tenir

Rien d’ambitieux. Le but n’est pas d’être productif, c’est de garder un fil :

  • Une heure de lever, à peu près la même. Le sommeil est souvent le premier touché, et c’est le repère qui soutient les autres.
  • Un repas, même simple, à un moment fixe.
  • Un peu de mouvement, dehors si possible : une marche courte compte.
  • Un contact par jour : un message, un appel, un café. Quand on va mal, on s’isole, alors que le lien est l’un des appuis les plus solides dont on dispose (le guide pour prendre soin de soi en donne les chiffres).

Après une rupture, une étude sur 210 jeunes adultes récemment séparés a trouvé que ceux qui revenaient régulièrement réfléchir à leur séparation, dans le cadre de l’étude, retrouvaient plus vite une idée claire de qui ils étaient, et avec elle moins de pensées envahissantes et moins de solitude3. Se redéfinir sans l’autre fait partie du chemin.

Quand le deuil reste bloqué

Pour la plupart des gens, la douleur reste, mais la vie reprend de la place avec le temps. Pour certains, non. Une méta-analyse de 14 études estime qu’environ une personne endeuillée sur dix connaît un deuil prolongé, où le manque et la détresse restent envahissants bien après la perte4. Ce n’est ni un manque de courage ni une façon d’aimer plus fort : c’est une difficulté reconnue, et elle se soigne.

Si, des mois après, la vie reste suspendue, si la tristesse ne laisse plus de place à rien, si vous pensez à mourir, parlez-en à un médecin. Le coup de blues dit aussi où passe la limite entre un passage difficile et une dépression.

Et dans l’app

Si vous aviez un défi en cours, rien ne vous oblige à le tenir. Vous pouvez le mettre en pause dans votre tête, le quitter, ou le garder comme un fil minuscule. « Prendre des nouvelles d’un proche » peut servir de repère : un message par jour, à quelqu’un, sans rien à prouver. Et si vous le partagez, les autres vous voient, ce qui, dans un défi commun, rapproche parfois plus qu’on ne l’attend.

Si ça ne va pas maintenant

Des lignes d’écoute répondent à toute heure, gratuitement : le 3114 en France, le 0800 32 123 en Belgique, le 143 en Suisse, le 988 au Canada. En cas de danger immédiat, le 112.

Sources

  1. Maciejewski, P. K., Zhang, B., Block, S. D. et Prigerson, H. G. (2007). An empirical examination of the stage theory of grief. JAMA, 297(7), 716-723. (233 personnes endeuillées.) ↩

  2. Stroebe, M. et Schut, H. (1999). The dual process model of coping with bereavement: Rationale and description. Death Studies, 23(3), 197-224. (modèle théorique.) ↩

  3. Larson, G. M. et Sbarra, D. A. (2015). Participating in research on romantic breakups promotes emotional recovery via changes in self-concept clarity. Social Psychological and Personality Science, 6(4), 399-406. (210 jeunes adultes.) ↩

  4. Lundorff, M., Holmgren, H., Zachariae, R., Farver-Vestergaard, I. et O’Connor, M. (2017). Prevalence of prolonged grief disorder in adult bereavement: A systematic review and meta-analysis. Journal of Affective Disorders, 212, 138-149. ↩

Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog

Challenge Us

Le blog de l’app

Le blog de Challenge Us : des études expliquées simplement, et pas un chiffre sans sa source. Chaque référence est rouverte et vérifiée avant publication.