Bien-être · Mythe ou réalité
Test de santé mentale en ligne : ce qu’il vaut vraiment
« Faites le test : êtes-vous déprimé ? » On en trouve partout, entre deux quiz de personnalité. Certains reprennent des questionnaires sérieux, utilisés par les médecins. D’autres ne valent pas mieux qu’un horoscope. Et même les meilleurs ne disent pas ce que beaucoup croient.
Dans le guide Prendre soin de soi : les petits défis qui changent vraiment quelque choseTable des matières · 6 parties
Il est tard, vous ne vous sentez pas bien depuis quelque temps, et vous tapez « test dépression » dans un moteur de recherche. Dix questions plus tard, un score s’affiche, parfois avec un mot qui fait peur. Que vaut ce chiffre ?
La réponse dépend du test. Et même pour les meilleurs, elle est plus modeste que ce que l’écran laisse croire.
Les questionnaires sérieux existent
Certains tests en ligne reprennent des questionnaires que les médecins utilisent vraiment, construits et vérifiés sur des milliers de personnes :
- Le PHQ-9, pour la dépression : neuf questions sur les deux dernières semaines. Validé sur 6 000 patients à sa création1.
- Le GAD-7, pour l’anxiété : sept questions, validé sur 2 740 patients2.
- Le WHO-5, pour le bien-être : cinq questions de l’Organisation mondiale de la santé, étudié dans plus de 200 articles et traduit dans plus de 30 langues3.
Un test qui donne le nom de son questionnaire et renvoie à sa source a une base. Un test qui n’en cite aucun peut avoir été écrit par n’importe qui.
Même les bons se trompent
C’est le point que presque personne ne dit. Un questionnaire de dépistage n’est pas un diagnostic. Une grande méta-analyse sur le PHQ-9, 58 études et plus de 17 000 personnes, a mesuré sa justesse au seuil le plus utilisé : il repère environ 88 % des personnes qui ont une dépression, et écarte correctement 85 % de celles qui n’en ont pas4. C’est très bon pour un questionnaire de deux minutes. Mais cela veut dire qu’il se trompe dans un cas sur huit environ, dans un sens comme dans l’autre.
Un score élevé veut donc dire : « il y a peut-être quelque chose, parlez-en à un professionnel ». Pas : « vous avez une dépression ». Et un score bas ne veut pas dire que tout va bien si vous sentez que ça ne va pas. C’est le rôle du médecin de faire la suite, avec un entretien, pas avec un chiffre.
Les quiz et les vidéos
À côté des questionnaires validés, il y a tout le reste : les quiz de magazine, les tests de personnalité, et les vidéos qui listent des « signes » d’un trouble. Une étude a regardé les cent vidéos TikTok les plus vues sur le TDAH : plus de la moitié étaient trompeuses5. Se reconnaître dans une vidéo n’est pas un diagnostic, c’est souvent se reconnaître dans des traits que tout le monde a un peu.
Même les tests de personnalité très répandus en entreprise ont leurs critiques : une analyse du MBTI conclut qu’il séduit, mais qu’il ne peut pas soutenir tout ce qu’on lui fait dire6.
À quoi sert un test, alors
À deux choses, et c’est déjà beaucoup :
- Oser en parler. Arriver chez son médecin avec « j’ai fait le PHQ-9, j’ai 14 » est plus facile que de trouver les mots.
- Suivre son état dans le temps. Refaire le même questionnaire toutes les deux semaines dit si ça va dans le bon sens. Pour le bien-être au quotidien, suivre ses progrès montre ce que la mesure régulière apporte, et ce qu’elle n’apporte pas.
Et quand le score confirme une impression que ça ne va pas, le coup de blues dit où passe la limite entre un passage difficile et quelque chose qui mérite de l’aide.
Et dans l’app
L’app ne vous fait passer aucun test de santé mentale et ne pose aucun diagnostic. Elle compte des gestes, ceux du guide pour prendre soin de soi par exemple. « Tenir son journal » peut servir à noter comment on va, jour après jour, et à apporter ces notes à qui peut aider.
Si ça ne va pas maintenant
Des lignes d’écoute répondent à toute heure, gratuitement : le 3114 en France, le 0800 32 123 en Belgique, le 143 en Suisse, le 988 au Canada. En cas de danger immédiat, le 112.
Sources
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Kroenke, K., Spitzer, R. L. et Williams, J. B. W. (2001). The PHQ-9: Validity of a brief depression severity measure. Journal of General Internal Medicine, 16(9), 606-613. Texte intégral. ↩
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Spitzer, R. L., Kroenke, K., Williams, J. B. W. et Löwe, B. (2006). A brief measure for assessing generalized anxiety disorder: The GAD-7. Archives of Internal Medicine, 166(10), 1092-1097. ↩
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Topp, C. W., Østergaard, S. D., Søndergaard, S. et Bech, P. (2015). The WHO-5 Well-Being Index: A systematic review of the literature. Psychotherapy and Psychosomatics, 84(3), 167-176. (213 articles.) ↩
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Levis, B., Benedetti, A. et Thombs, B. D. (2019). Accuracy of Patient Health Questionnaire-9 (PHQ-9) for screening to detect major depression: Individual participant data meta-analysis. BMJ, 365, l1476. Texte intégral. (58 études, 17 357 personnes.) ↩
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Yeung, A., Ng, E. et Abi-Jaoude, E. (2022). TikTok and attention-deficit/hyperactivity disorder: A cross-sectional study of social media content quality. The Canadian Journal of Psychiatry, 67(12), 899-906. Texte intégral. ↩
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Pittenger, D. J. (2005). Cautionary comments regarding the Myers-Briggs Type Indicator. Consulting Psychology Journal: Practice and Research, 57(3), 210-221. ↩
Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog