TDAH de l’enfant · Mythe ou réalité

Sucre, colorants, écrans, éducation : ce qu’on accuse à tort dans le TDAH

Quatre coupables reviennent dans toutes les conversations. Trois ne tiennent pas l’examen. Le quatrième, personne n’en parle jamais, et c’est le seul qui ait un effet mesuré.

Dans le guide Le TDAH chez l’enfant : ce que c’est, ce que ce n’est pas, quand consulter
Table des matières · 6 parties

Un enfant agité, et tout le monde a son explication. Le gâteau de l’anniversaire. La tablette. Les parents qui ne tiennent pas leur enfant. Ces trois-là se croisent tous les jours ; aucun ne résiste à un examen sérieux.

Le guide sur le TDAH chez l’enfant les écarte en quelques lignes ; cette page prend le temps de montrer pourquoi.

Cet article ne dit pas que le sucre est bon, que les écrans sont sans importance ou que l’éducation ne compte pas. Il dit une chose précise : aucun de ces facteurs ne cause le TDAH, et le croire coûte cher : en culpabilité pour les parents, et en temps perdu avant d’aller voir un médecin.

Le sucre : l’expérience a été faite, et refaite

C’est probablement la croyance la plus répandue, et l’une des mieux testées.

Une méta-analyse a réuni les essais en double aveugle (ni l’enfant ni l’adulte qui l’observe ne sait s’il a reçu du sucre ou un placebo) sur le comportement et les performances cognitives des enfants. Aucun effet mesurable1.

Une cohorte de naissance brésilienne a suivi la consommation de sucre et le TDAH chez 2 924 enfants : aucune association, avec des intervalles de confiance si larges qu’ils ne permettent de conclure dans aucun sens2.

Le sucre : ce qui bouge vraiment

Voici l’étude qu’il faut connaître, parce qu’elle explique pourquoi la croyance survit.

Des chercheurs ont dit à des mères que leur fils venait de boire une boisson très sucrée. C’était faux : tous avaient reçu un placebo. Puis ils ont filmé l’interaction mère-enfant3.

Les mères qui croyaient au sucre ont jugé leur fils plus agité. Elles ont été plus critiques envers lui, l’ont davantage maintenu à proximité et ont plus souvent regardé ce qu’il faisait.

Rien n’avait changé chez l’enfant. Tout avait changé chez l’adulte. Ce résultat est devenu un classique, et il vaut bien au-delà du sucre : ce qu’on attend d’un enfant modifie ce qu’on voit, et modifie la façon dont on se comporte avec lui. C’est aussi la raison pour laquelle les questionnaires remplis par les adultes doivent être lus avec prudence.

Les colorants : le seul qui tienne

Et pendant qu’on accusait le sucre, la piste alimentaire qui a réellement un effet mesuré passait inaperçue.

Dans une méta-analyse de 54 essais sur les approches non médicamenteuses, avec des évaluateurs probablement aveugles, deux interventions alimentaires seulement restent significatives : les acides gras oméga-3, avec un effet faible de 0,16, et l’exclusion des colorants alimentaires artificiels, avec un effet modéré de 0,424.

Les régimes d’éviction stricts, eux, ne tiennent pas l’aveuglement, alors que ce sont eux qu’on voit recommandés dans les groupes de parents, et qu’ils demandent un effort sans comparaison. Retirer les colorants artificiels d’un placard est une après-midi de courses ; un régime d’éviction est un mois d’organisation et un risque réel de carences chez un enfant en croissance. Il ne se lance jamais sans encadrement médical.

Une précision pour ne pas surinterpréter : un effet moyen de 0,42 sur un groupe ne veut pas dire que tous les enfants réagissent. Il est plus probable qu’une minorité réagisse nettement et que la plupart ne changent pas.

Les écrans : une corrélation faible, dans les deux sens

Une méta-analyse de 45 études trouve une corrélation entre usage des écrans et comportements de type TDAH de r = 0,125. Une revue couvrant quatre décennies de recherche conclut à une relation « statistiquement faible », et à aucune démonstration de causalité6.

Que signifie 0,12 ? Que les deux choses vont un peu ensemble, et que la quasi-totalité de ce qui explique l’une est ailleurs. Surtout, une corrélation ne dit pas le sens : un enfant qui a du mal à rester sur une tâche longue est mécaniquement plus attiré par un média qui change toutes les trois secondes. L’hypothèse inverse est au moins aussi plausible que celle que tout le monde retient.

Il existe des travaux longitudinaux qui suivent des enfants dans le temps7, et de très grandes cohortes d’imagerie cérébrale qui décrivent des corrélations structurelles variées8. Aucun de ces travaux n’établit que les écrans provoquent un TDAH, et aucun ne le prétend.

La conclusion pratique est modeste : il y a de bonnes raisons de limiter les écrans d’un enfant : le sommeil en est une excellente. « Ça rend TDAH » n’en est pas une.

L’éducation : ce que dit l’héritabilité

Le TDAH est l’un des troubles les plus héréditaires de la psychiatrie de l’enfant : l’héritabilité est estimée à 74 %, et il s’agit d’un trouble polygénique, sans gène unique9.

Cela ne veut pas dire que l’environnement ne compte pour rien, ni que rien ne se joue à la maison : tout ce dossier montre l’inverse. Cela veut dire qu’aucun style éducatif ne crée un TDAH, et que les 208 conclusions du consensus international sur le trouble n’en désignent aucun10.

Une variante française de cette accusation mérite un mot : « le TDAH, ça n’existe pas chez nous ». Les deux enquêtes disponibles en France donnent 3,5 à 5,6 % chez les enfants de 6 à 12 ans11 et 3,68 % dans la méta-analyse nationale la plus récente12, des chiffres du même ordre qu’ailleurs. La différence entre pays s’explique surtout par les méthodes de mesure, comme l’a montré la grande méta-régression mondiale13.

Ce qui reste vrai

Trois choses, pour finir, qui ne sont pas des mythes : le sommeil compte, et agir dessus change mesurablement les symptômes ; la façon dont on réagit à un enfant change la vie de famille, et des méthodes ont été évaluées pour ça ; et le mois de naissance d’un enfant pèse sur sa probabilité d’être diagnostiqué, dans presque tous les pays étudiés.

Ce n’est pas moins de responsabilité pour les parents. C’est la même, déplacée là où elle peut servir.

Sources

  1. Wolraich, M. L., Wilson, D. B., White, J. W. (1995). The Effect of Sugar on Behavior or Cognition in Children: A Meta-analysis. JAMA, 274(20), 1617-1621. ↩

  2. Del-Ponte, B., Anselmi, L., Assunção, M. C. F. et al. (2019). Sugar consumption and attention-deficit/hyperactivity disorder (ADHD): A birth cohort study. Journal of Affective Disorders, 243, 290-296. Texte intégral. ↩

  3. Hoover, D. W., Milich, R. (1994). Effects of sugar ingestion expectancies on mother-child interactions. Journal of Abnormal Child Psychology, 22(4), 501-515. ↩

  4. Sonuga-Barke, E. J. S., Brandeis, D., Cortese, S. et al. (2013). Nonpharmacological Interventions for ADHD: Systematic Review and Meta-Analyses of Randomized Controlled Trials of Dietary and Psychological Treatments. American Journal of Psychiatry, 170(3), 275-289. ↩

  5. Nikkelen, S. W. C., Valkenburg, P. M., Huizinga, M., Bushman, B. J. (2014). Media use and ADHD-related behaviors in children and adolescents: A meta-analysis. Developmental Psychology, 50(9), 2228-2241. ↩

  6. Beyens, I., Valkenburg, P. M., Piotrowski, J. T. (2018). Screen media use and ADHD-related behaviors: Four decades of research. Proceedings of the National Academy of Sciences, 115(40), 9875-9881. Texte intégral. ↩

  7. Swing, E. L., Gentile, D. A., Anderson, C. A., Walsh, D. A. (2010). Television and Video Game Exposure and the Development of Attention Problems. Pediatrics, 126(2), 214-221. ↩

  8. Paulus, M. P., Squeglia, L. M., Bagot, K. et al. (2019). Screen media activity and brain structure in youth: Evidence for diverse structural correlation networks from the ABCD study. NeuroImage, 185, 140-153. ↩

  9. Faraone, S. V., Larsson, H. (2019). Genetics of attention deficit hyperactivity disorder. Molecular Psychiatry, 24(4), 562-575. Texte intégral. ↩

  10. Faraone, S. V., Banaschewski, T., Coghill, D. et al. (2021). The World Federation of ADHD International Consensus Statement: 208 Evidence-based conclusions about the disorder. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 128, 789-818. Texte intégral. ↩

  11. Lecendreux, M., Konofal, E., Faraone, S. V. (2011). Prevalence of Attention Deficit Hyperactivity Disorder and Associated Features Among Children in France. Journal of Attention Disorders, 15(6), 516-524. ↩

  12. Caci, H. et al. (2023). Prevalence rate of ADHD in France: Review of the literature and results from ChiP-ARD study. L’Encéphale, 49(8). ↩

  13. Polanczyk, G., de Lima, M. S., Horta, B. L. et al. (2007). The Worldwide Prevalence of ADHD: A Systematic Review and Metaregression Analysis. American Journal of Psychiatry, 164(6), 942-948. ↩

Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog

Challenge Us

Le blog de l’app

Le blog de Challenge Us : des études expliquées simplement, et pas un chiffre sans sa source. Chaque référence est rouverte et vérifiée avant publication.