TDAH de l’enfant · La science dit
Le sommeil de l’enfant avec un TDAH : une horloge en retard, et ce qu’on peut y faire
Chez beaucoup d’enfants avec un TDAH, le coucher n’est pas une bataille de volonté : leur horloge interne démarre mesurablement plus tard. Et c’est l’un des rares leviers où un essai randomisé montre un effet net.
Dans le guide Le TDAH chez l’enfant : ce que c’est, ce que ce n’est pas, quand consulterTable des matières · 6 parties
De toutes les pistes du guide sur le TDAH chez l’enfant, c’est celle qui a le meilleur rapport entre l’effort demandé et ce que la recherche établit. Et c’est souvent celle dont personne ne parle au premier rendez-vous.
L’ampleur du décalage
La synthèse de référence a rassemblé 16 études comparant le sommeil de 722 enfants avec un TDAH à celui de 638 témoins, en écartant ceux qui prenaient un traitement ou présentaient un trouble anxieux ou dépressif associé1.
Les enfants avec un TDAH se distinguent de façon significative sur la plupart des mesures rapportées par les parents (la résistance au coucher est particulièrement nette) et sur une partie des mesures objectives enregistrées en laboratoire ou par actigraphie.
Vous verrez souvent circuler des pourcentages spectaculaires sur cette question. Nous ne les reprenons pas : ils ne figurent pas dans la synthèse à laquelle on les attribue habituellement. Ce que dit la recherche est plus sobre et suffisant : c’est fréquent, c’est mesuré, et ce n’est pas dans la tête des parents.
Ce que montre la mélatonine
Voici l’étude qui change la conversation à la maison.
Des chercheurs néerlandais ont comparé 87 enfants de 6 à 12 ans avec un TDAH et une insomnie d’endormissement chronique à 33 enfants avec un TDAH sans trouble du sommeil, tous sans traitement psychotrope2. Ils ont mesuré, en plus du sommeil, le moment où la sécrétion de mélatonine démarre le soir.
- Endormissement : 21 h 38 contre 20 h 49.
- Début de sécrétion de mélatonine : 20 h 32 contre 19 h 47.
- Réveil : plus tardif également.
- Maintien du sommeil : aucune différence.
Le signal biologique du soir arrive en moyenne trois quarts d’heure plus tard. Ce n’est pas un choix, ce n’est pas de la provocation, et ce n’est pas une question d’autorité. C’est une horloge.
Ce même décalage se retrouve chez l’adulte avec un TDAH, ce qui n’est pas surprenant pour un trouble très héréditaire.
Le ronflement, à ne pas laisser passer
Une méta-analyse de 18 études, portant sur 1 113 enfants du groupe clinique et 1 405 témoins, trouve une relation d’ampleur moyenne entre les troubles respiratoires du sommeil et les symptômes de TDAH : g = 0,573.
Cette information est actionnable. Un enfant qui ronfle toutes les nuits, qui respire bouche ouverte, qui marque des pauses respiratoires ou qui transpire beaucoup en dormant doit être signalé au médecin, avant toute conclusion sur son attention. Une respiration nocturne perturbée peut produire des journées qui ressemblent trait pour trait à un TDAH, et elle relève d’une autre prise en charge. C’est l’un des points à préparer avant un rendez-vous médical.
L’essai qui montre que ça vaut le coup
C’est le résultat le plus encourageant de tout ce dossier.
Un essai randomisé australien a suivi 244 enfants de 5 à 12 ans avec un TDAH, recrutés dans 21 cabinets de pédiatrie4. L’intervention était légère : deux consultations et un appel de suivi, portant sur les horaires, les rituels du coucher sans écran, le décalage progressif de l’heure du coucher et la gestion des peurs nocturnes.
Résultats :
- effet sur les symptômes de TDAH : -0,3 à trois mois, -0,4 à six mois ;
- proportion d’enfants avec des problèmes de sommeil modérés à sévères : 56 % contre 30 % à trois mois (rapport de cotes ajusté 0,30) ;
- à six mois : 46 % contre 34 %, un écart qui n’atteint plus le seuil de significativité statistique.
Deux consultations sur le sommeil déplacent les symptômes : c’est le meilleur rapport effort/résultat de tout ce qui a été évalué. Ce n’est pas un traitement du TDAH, et l’avantage sur le sommeil lui-même s’érode après six mois, ce qui rejoint la règle générale : ce qui n’est plus soutenu s’efface. Mais le rapport effort/résultat n’a pas d’équivalent dans cette page.
Ce qu’on peut mettre en place ce soir
Rien de tout cela ne remplace un avis médical, surtout si un traitement est en cours : certains médicaments du TDAH ont un effet sur l’endormissement, et c’est une discussion avec le prescripteur, pas une décision de parent.
Ce qui relève de vous : une heure de coucher régulière, même le week-end ; un rituel court, toujours le même, toujours dans le même ordre ; pas d’écran dans la dernière heure, et pas d’écran dans la chambre ; une lumière plus basse le soir ; et surtout de la patience sur le décalage : avancer l’heure du coucher de dix minutes par semaine marche mieux que de l’avancer d’une heure d’un coup, puisque le corps, lui, ne se décale pas sur ordre.
Et dans l’app
Le défi « Dormir plus tôt » du catalogue fait exactement ce qu’il faut pour ce cas : il porte sur une heure de coucher, il se note chaque soir, il garde l’historique daté, et le rappel arrive le soir tant que la journée n’est pas notée.
Son intérêt réel ici n’est pas de faire dormir l’enfant. C’est de produire la semaine de chiffres que le médecin demandera, et de savoir au bout d’un mois si le rituel a tenu vingt soirs ou six. Le défi est tenu par le parent, sur son compte : l’app s’adresse aux plus de 15 ans.
Sources
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Cortese, S., Faraone, S. V., Konofal, E., Lecendreux, M. (2009). Sleep in Children With Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder: Meta-Analysis of Subjective and Objective Studies. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 48(9), 894-908. ↩
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Van der Heijden, K. B., Smits, M. G., Van Someren, E. J. W., Gunning, W. B. (2005). Idiopathic Chronic Sleep Onset Insomnia in Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder: A Circadian Rhythm Sleep Disorder. Chronobiology International, 22(3), 559-570. ↩
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Sedky, K., Bennett, D. S., Carvalho, K. S. (2014). Attention deficit hyperactivity disorder and sleep disordered breathing in pediatric populations: a meta-analysis. Sleep Medicine Reviews, 18(4), 349-356. ↩
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Hiscock, H., Sciberras, E., Mensah, F. et al. (2015). Impact of a behavioural sleep intervention on symptoms and sleep in children with attention deficit hyperactivity disorder, and parental mental health: randomised controlled trial. BMJ, 350, h68. Texte intégral. ↩
Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog