TDAH · La science dit

TDAH et sommeil : une horloge qui retarde, pas une mauvaise volonté

Se coucher tard n’est pas toujours un choix. Chez une majorité de personnes avec un TDAH, l’horloge interne démarre plus tard que celle des autres, et le réveil paie la différence tous les matins.

Dans le guide TDAH : pourquoi voir sa progression aide à tenir ses habitudes
Table des matières · 5 parties

« Couche-toi plus tôt. » Le conseil est gratuit, il est donné avec bienveillance, et il rate sa cible d’à peu près autant qu’un « détends-toi » adressé à quelqu’un d’anxieux.

Parce que dans une majorité de cas, le problème n’est pas à quelle heure on décide de se coucher. Il est à quelle heure le corps décide qu’il est temps.

Trois quarts des personnes concernées

La synthèse de référence sur le sujet est claire sur l’ampleur : le trouble du retard de phase du sommeil (s’endormir tard et se réveiller tard, de façon stable) concerne 73 à 78 % des enfants et des adultes avec un TDAH1.

C’est une revue, pas une mesure de première main : ce chiffre synthétise la littérature existante. Mais l’ordre de grandeur est massif, et il place le sommeil au centre du tableau plutôt qu’en marge.

Ce que montre la mélatonine

Le décalage n’est pas qu’une affaire d’habitudes du soir. Il se mesure dans le sang et la salive.

Une étude a suivi pendant une semaine 40 adultes avec un TDAH, dont 31 se plaignaient de mettre longtemps à s’endormir, avec des agendas de sommeil, de l’actimétrie au poignet et un dosage de la mélatonine salivaire sur une nuit2. Résultat : ceux qui avaient l’insomnie d’endormissement avaient une période de sommeil décalée et une sécrétion de mélatonine qui démarrait plus tard : plus tard que les autres participants avec un TDAH, et plus tard que les témoins.

Autrement dit : le signal biologique qui dit « il est l’heure » arrive en retard. On peut éteindre la lumière à 22 h, le corps, lui, n’est pas au courant.

Précision honnête : 40 personnes, une seule nuit de dosage. C’est une étude solide sur un petit effectif, pas une loi de la nature.

La boucle, et pourquoi elle est difficile à casser

La relation entre TDAH et sommeil ne va pas dans un seul sens. La revue de référence liste les voies possibles (génétiques, comportementales, l’exposition à la lumière du jour, jusqu’au fonctionnement de l’œil) et pose une question qu’on croirait provocante : faut-il redéfinir le TDAH en tenant compte du rythme circadien1 ?

Ce qui se passe en pratique ressemble à ceci. La vigilance baisse en fin de journée, et une activité stimulante la relève : un écran, un jeu, un projet qui prend enfin. L’heure passe sans qu’on la voie passer : c’est exactement le mécanisme décrit dans notre article sur le temps. Le coucher recule. Le lendemain, la dette de sommeil dégrade l’attention, la mémoire de travail et la régulation des émotions, c’est-à-dire précisément ce qui était déjà fragile. Et le soir, tout recommence.

Ce n’est pas une faiblesse de caractère. C’est une boucle, et une boucle se casse à un endroit précis, pas partout à la fois.

Ce qu’on peut dire, et ce qu’on ne dira pas

Ce que la recherche soutient, en termes généraux : la lumière du matin avance l’horloge, l’heure du lever est un point d’appui plus stable que l’heure du coucher, et une thérapie comportementale de l’insomnie adaptée aux difficultés d’organisation a du sens.

Ce que nous ne donnerons pas : des doses, des durées d’exposition, un protocole. La mélatonine est un médicament dont l’effet dépend entièrement du moment où on la prend : prise au mauvais moment, elle décale l’horloge dans le mauvais sens. Ce réglage se fait avec un médecin, et un blog qui donnerait un chiffre ici rendrait un mauvais service.

Un exemple de ce qui est testé par ailleurs, cité pour ce qu’il vaut : un essai randomisé a comparé pendant quatre semaines une couverture lestée à une couverture légère chez 120 patients, avec un avantage significatif sur la sévérité de l’insomnie3. Réserve importante : la population était psychiatrique mixte : dépression, trouble bipolaire, anxiété généralisée, TDAH. On ne peut pas en tirer un effet propre au TDAH.

Et dans Challenge Us

Un défi « Dormir assez » compte les heures, une saisie le matin, et c’est tout. L’intérêt n’est pas le score : c’est d’avoir une semaine de chiffres plutôt qu’une impression. « Je dors mal » ne se discute pas ; « je me suis endormi après une heure du matin cinq nuits sur sept » se discute, y compris avec un médecin.

Et comme les autres voient aussi, il se passe quelque chose de bête et d’efficace : un défi de sommeil à deux donne une raison d’éteindre qui ne vient pas de soi.

Le reste des mécaniques qui aident à tenir est rassemblé dans notre guide TDAH et habitudes, et le tri entre ce qui est prouvé et ce qui ne l’est pas est dans ce qui aide, par niveau de preuve.

Le même décalage existe chez l’enfant, et il y est mesuré à la mélatonine près : voir le sommeil de l’enfant avec un TDAH, qui contient aussi le seul essai randomisé montrant qu’agir dessus change les symptômes.

Sources

  1. Bijlenga, D., Vollebregt, M. A., Kooij, J. J. S. et Arns, M. (2019). The role of the circadian system in the etiology and pathophysiology of ADHD: time to redefine ADHD? ADHD Attention Deficit and Hyperactivity Disorders, 11(1), 5-19. Revue : le chiffre de 73 à 78 % est une synthèse de la littérature, pas une mesure de première main. ↩ ↩2

  2. Van Veen, M. M., Kooij, J. J. S., Boonstra, A. M., Gordijn, M. C. M. et Van Someren, E. J. W. (2010). Delayed circadian rhythm in adults with attention-deficit/hyperactivity disorder and chronic sleep-onset insomnia. Biological Psychiatry, 67(11), 1091-1096. 40 adultes avec un TDAH, dont 31 avec une insomnie d’endormissement, et des témoins appariés. ↩

  3. Ekholm, B., Spulber, S. et Adler, M. (2020). A randomized controlled study of weighted chain blankets for insomnia in psychiatric disorders. Journal of Clinical Sleep Medicine, 16(9), 1567-1577. 120 patients, population psychiatrique mixte. Accès libre. ↩

Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog

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