TDAH · Guide

TDAH : ce qui aide vraiment, classé par niveau de preuve

Sur internet, une thérapie validée par des essais randomisés et une astuce trouvée dans une vidéo occupent la même place et le même ton. Elles ne pèsent pourtant pas le même poids. Voici le tri, avec ce qui le justifie à chaque fois.

Dans le guide TDAH : pourquoi voir sa progression aide à tenir ses habitudes
Table des matières · 6 parties

Il existe une différence de nature entre « ça m’a beaucoup aidé » et « ça a été comparé à autre chose, sur des personnes tirées au sort, avec un évaluateur qui ne savait pas qui avait reçu quoi ». Les deux méritent d’être connues. Elles ne méritent pas la même confiance.

Ce guide classe ce qu’on propose couramment en trois niveaux. Pour chacun, nous disons ce qui le justifie ; et quand il n’y a rien, nous le disons aussi.

Niveau 1 : testé par des essais randomisés

La thérapie centrée sur l’organisation et le temps

C’est ce qui a le plus de preuves derrière lui, et de loin.

Un essai de référence a tiré au sort 88 adultes diagnostiqués entre deux prises en charge de groupe de douze semaines : une thérapie métacognitive conçue pour travailler la gestion du temps, l’organisation et la planification, et une psychothérapie de soutien servant de comparaison active1. Le point décisif de la méthode : la réponse était évaluée par un examinateur en aveugle, qui ne savait pas qui avait suivi quoi. La thérapie d’organisation l’emporte.

Une méta-analyse a ensuite regroupé 9 essais randomisés et 3 études avant/après : sur 1 073 participants au départ, 680 ont été retrouvés au suivi2. Les groupes traités s’améliorent davantage que les groupes contrôles sur les symptômes, l’impression clinique globale et le fonctionnement général, et les bénéfices tiennent dans le temps.

Les réserves, parce qu’il y en a : trois des douze études n’ont pas de groupe contrôle, l’essentiel des mesures est auto-rapporté, et les auteurs relèvent eux-mêmes des risques de biais variables selon les travaux. Ce n’est pas un verdict sans appel. C’est le meilleur niveau de preuve disponible sur ce sujet.

Ce que ça veut dire concrètement : ce qui est testé et qui marche, ce sont des compétences d’organisation (découper, planifier, gérer son temps, réduire les distracteurs) apprises avec quelqu’un. Pas une astuce, une méthode, et accompagnée.

Ce qui échoue au même niveau de preuve : l’entraînement cérébral

Même famille de méthode, résultat inverse, et c’est instructif.

Une méta-analyse a réuni 16 essais randomisés d’entraînement cognitif informatisé, soit 759 enfants et adolescents3. Quand les symptômes sont cotés par les personnes les plus proches du traitement, celles qui savent qui a reçu quoi, l’effet paraît réel. Quand on ne retient que les évaluateurs en aveugle, il s’effondre : l’effet sur les symptômes globaux devient petit, et sur l’inattention il n’est plus statistiquement significatif. En revanche, les participants progressent bel et bien… aux tests de mémoire de travail qu’ils ont entraînés.

Traduction : on devient meilleur à l’exercice, et ça ne se transfère pas à la vie.

Deux précisions d’honnêteté. Cette méta-analyse porte sur des enfants et des adolescents, pas sur des adultes : nous ne la présentons pas comme directement transposable. Et l’écart entre évaluateurs informés et évaluateurs en aveugle est l’enseignement le plus utile de toute cette page : c’est la mesure de ce que l’attente fait croire.

Niveau 2 : plausible, pas établi

Ici, on trouve ce qu’on recommande souvent avec de bonnes raisons, sans pouvoir s’appuyer sur des essais solides chez l’adulte : l’activité physique, le coaching spécialisé, les groupes de soutien.

Nous n’avancerons aucun chiffre à leur sujet, parce que nous n’en avons pas trouvé qui tienne nos critères pour cette population. Dire « l’exercice améliore l’attention de tant » sans pouvoir citer l’essai qui le montre chez des adultes concernés serait exactement ce que ce blog s’interdit.

Ce qu’on peut dire : ces approches ne sont pas déraisonnables, elles ont peu d’inconvénients, et leur absence de preuve chez l’adulte n’est pas une preuve d’absence. C’est un état de la littérature, pas un verdict.

Un cas mérite d’être signalé à part : le sommeil. Il n’y a pas d’essai randomisé qui montre qu’en le traitant on améliore les symptômes de TDAH chez l’adulte, mais les données cliniques placent le sommeil et les émotions parmi ce qui pèse le plus sur le quotidien. Deux articles y sont consacrés : TDAH et sommeil et TDAH et émotions.

Niveau 3 : utilisé massivement, jamais testé

Les minuteurs visuels, les rappels programmés, les listes, le fait de travailler à côté de quelqu’un : c’est l’essentiel de ce qui circule, et c’est ce qui a le moins de preuves formelles. Aucun essai randomisé n’a isolé leur effet propre contre une condition de comparaison.

Nous avons regardé le cas du travail en présence d’un tiers en détail dans un article à part : la pratique est décrite par la recherche, jamais évaluée.

Faut-il pour autant s’en priver ? Non, et voici pourquoi la conclusion n’est pas symétrique. Un logiciel d’entraînement cérébral coûte de l’argent et du temps, et promet un transfert que les essais ne montrent pas : là, l’absence de preuve compte. Un minuteur posé sur la table coûte quelques euros et son mécanisme est trivial : il rend une information visible. Le rapport entre ce qu’on risque et ce qu’on espère n’est pas le même.

La règle raisonnable : utilisez-les, et ne les vendez pas comme prouvés.

Un quatrième cas, qui ne concerne pas que le TDAH

Une chose est bien établie, en population générale : suivre sa progression aide à atteindre ses objectifs, et l’effet est plus fort quand on consigne ce qu’on fait plutôt que de s’en souvenir, et plus fort encore quand quelqu’un d’autre peut le voir4. C’est une méta-analyse de 138 études et près de 20 000 personnes.

Ce n’est pas une étude sur le TDAH, et nous ne la présentons pas comme telle. Mais c’est le principe sur lequel repose à peu près tout ce qui est décrit ici, y compris cette application.

Comment lire la suite, tout seul

Trois questions suffisent à situer à peu près n’importe quelle méthode croisée en ligne :

  1. Comparée à quoi ? Sans groupe de comparaison, une amélioration peut être le temps qui passe, l’attention reçue, ou l’envie d’y croire.
  2. Qui a évalué ? Si c’est la personne qui a reçu le traitement ou celle qui l’a donné, l’effet est gonflé. L’écart mesuré plus haut le montre noir sur blanc, et il ne joue pas que dans les essais :
  3. Sur qui ? Un résultat chez l’enfant n’est pas un résultat chez l’adulte, et un résultat en population générale n’est pas un résultat en population diagnostiquée.

C’est le récit complet dans pourquoi le TDAH se repère si tard. On se juge mal soi-même, et c’est vrai pour un bilan comme pour une méthode qu’on teste sur soi.

Ce sont aussi les questions qu’on se pose avant de citer une étude : comment on écrit ce blog.

Et dans Challenge Us

L’app ne se classe dans aucun de ces trois niveaux, parce que ce n’est pas un traitement et qu’elle ne prétend à rien de clinique. Elle fait la seule chose du lot qui ait une base solide en population générale : elle consigne ce que vous faites, au moment où vous le faites, et elle le montre à des gens qui font la même chose.

Le reste (le temps restant affiché, la journée qui se note d’un appui, les rappels au moment du geste) relève du niveau 3 : c’est raisonnable, ça repose sur des mécanismes documentés ailleurs, et personne ne l’a testé en essai contrôlé. Nous préférons l’écrire que le laisser croire.

Le tableau complet des mécaniques est dans notre guide TDAH et habitudes.

Sources

  1. Solanto, M. V. et al. (2010). Efficacy of meta-cognitive therapy for adult ADHD. American Journal of Psychiatry, 167(8), 958-968. 88 adultes tirés au sort ; évaluation par un examinateur en aveugle. ↩

  2. López-Pinar, C., Martínez-Sanchís, S., Carbonell-Vayá, E., Fenollar-Cortés, J. et Sánchez-Meca, J. (2018). Long-Term Efficacy of Psychosocial Treatments for Adults With Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder: A Meta-Analytic Review. Frontiers in Psychology, 9, 638. 9 essais randomisés et 3 études avant/après ; 680 des 1 073 participants retrouvés au suivi. Accès libre. ↩

  3. Cortese, S. et al. (2015). Cognitive training for attention-deficit/hyperactivity disorder: meta-analysis of clinical and neuropsychological outcomes from randomized controlled trials. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 54(3), 164-174. 16 essais, 759 enfants et adolescents : avec des évaluateurs en aveugle, l’effet sur l’inattention n’est plus significatif. ↩

  4. Harkin, B. et al. (2016). Does monitoring goal progress promote goal attainment? A meta-analysis of the experimental evidence. Psychological Bulletin, 142(2), 198-229. Population générale : 138 études, près de 20 000 personnes. ↩

Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog

Challenge Us

Le blog de l’app

Le blog de Challenge Us : des études expliquées simplement, et pas un chiffre sans sa source. Chaque référence est rouverte et vérifiée avant publication.