Alimentation et poids · Mythe ou réalité
Effet yo-yo : ce que les études montrent vraiment
« Le yo-yo abîme le cœur », « les régimes à répétition donnent du diabète ». Ces phrases s'appuient sur de vraies études. Elles en disent pourtant moins qu'on ne le croit, et une revue parue cette année les tempère nettement.
Dans le guide Perdre du poids : ce que la science sait vraiment en 2026Table des matières · 5 parties
Vous avez perdu six kilos au printemps, vous en avez repris sept à l’automne. Puis vous avez recommencé. Quelque part, vous avez lu que ce va-et-vient était pire que de ne rien faire : mauvais pour le cœur, porte ouverte au diabète. Faut-il donc renoncer à perdre, de peur de reprendre ?
Non. Mais la question mérite mieux qu’un slogan.
« L’étude de Columbia » : ce qu’elle a vraiment mesuré
En 2019, une équipe de l’université Columbia a interrogé 485 femmes du nord de Manhattan, 37 ans en moyenne. Trois sur quatre disaient avoir déjà perdu puis repris au moins 4,5 kg dans l’année, grossesse exclue. Celles qui déclaraient au moins un épisode avaient plus souvent un profil de santé cardiovasculaire faible : plus de deux fois plus de chances, selon le score de l’American Heart Association, qui additionne tension, cholestérol, glycémie, poids, tabac, activité et alimentation1.
C’est cette étude qu’on résume par « le yo-yo augmente le risque de maladie cardiaque ». Elle dit moins. Les femmes n’ont été interrogées qu’une fois, sur des souvenirs ; le score mesure des facteurs de risque, pas des infarctus ; et il contient l’IMC lui-même, si bien qu’un poids plus élevé aujourd’hui pèse des deux côtés de la comparaison. Les autrices demandent elles-mêmes des études qui suivent les gens dans le temps.
Il en existe une qui a compté de vrais accidents. Chez près de 9 500 personnes déjà atteintes d’une maladie des coronaires, suivies dans un essai de médicament, plus le poids variait d’une visite à l’autre, plus les accidents cardiaques étaient fréquents2. L’écart est petit, l’analyse n’était pas prévue au départ, et on ne peut pas l’étendre à des personnes en bonne santé.
Le diabète : un lien réel, et pas chez tout le monde
La seconde idée vient d’une méta-analyse publiée en 2021 dans la revue de l’association asiatique pour l’étude du diabète. Ce n’est pas une déclaration de l’association, c’est le travail d’une équipe de chercheurs chinois. En réunissant quatorze cohortes et plus de 250 000 personnes, elle trouve environ un quart de diabètes en plus chez les personnes dont le poids a fait le yo-yo3.
Un détail compte : chez les personnes avec une obésité, le lien n’apparaît pas. Et les auteurs le disent en conclusion : il reste à montrer que c’est une cause.
Le chiffre le plus solide vient de Corée. Près de quatre millions d’adultes ont été pesés au moins trois fois lors de bilans de santé, puis suivis plusieurs années. Les poids les plus instables allaient avec un risque de diabète d’environ 10 % plus élevé, que le poids ait monté ou baissé4. Ici, les pesées sont mesurées, pas déclarées : c’est son point fort. Mais c’est encore une observation.
Quant à l’idée que le yo-yo « fait gagner de la masse grasse » à chaque tour, aucune de ces études ne l’a mesurée. C’est une hypothèse, et la section suivante dit ce qu’elle vaut.
Le contrepoids : une revue de 2026
Deux chercheurs spécialistes du métabolisme ont repris l’ensemble du dossier cette année dans The Lancet Diabetes & Endocrinology5. Ils examinent les études humaines et animales, y compris l’idée d’un rebond de gras, de muscle perdu et de métabolisme ralenti.
Leur conclusion : les preuves ne montrent pas que le yo-yo fasse du tort par lui-même, en tout cas chez les personnes avec une obésité. Les liens observés s’expliqueraient plutôt par autre chose : l’âge, une perte de poids qui n’était pas voulue (une maladie qui fait maigrir, puis la guérison), une obésité plus ancienne ou plus précoce. Et perdre du poids, même par à-coups, rapporte plus que ça ne coûte.
C’est l’avis argumenté de deux chercheurs, pas une méta-analyse. Mais il rejoint ce qu’on sait par ailleurs du métabolisme : il ralentit un peu pendant un régime, et cet écart se réduit une fois le poids stabilisé (c’est le sujet de notre article sur le métabolisme de base).
Alors, que retenir ?
Deux choses, qui ne se contredisent pas.
Le yo-yo n’est pas une raison de ne pas essayer. Avoir peur de reprendre au point de ne jamais perdre, c’est se priver du bénéfice le mieux établi du dossier.
Un poids qui tient reste le meilleur pari. Les études d’observation ne prouvent pas que le va-et-vient fait du mal, mais aucune ne montre qu’il fait du bien, et chaque reprise use le moral. La Haute Autorité de santé range les régimes à répétition parmi les signaux d’alerte, parce qu’ils exposent au rebond6. Une perte lente, puis un poids qu’on garde, reste la voie la plus sûre.
Garder, c’est d’ailleurs là que tout se joue : environ une personne en surpoids sur cinq réussit à perdre 10 % de son poids et à le garder au moins un an, et celles qui y arrivent disent se peser régulièrement et manger à peu près pareil en semaine et le week-end7. Le détail est dans notre guide pour perdre du poids.
Comment ça se joue dans Challenge Us
L’app ne récompense pas la vitesse. Dans un défi de poids, l’objectif du jour est de se peser, pas de perdre : c’est ce geste qui fait la série. Vous fixez votre propre objectif, et l’app traduit l’échéance en rythme : entre un demi-kilo et un kilo par semaine, elle le dit bon ; au-delà, elle vous prévient que c’est rapide, puis trop rapide. Et une fois l’objectif atteint, rien n’empêche de continuer à se peser : c’est ce qui permet de voir revenir un kilo tant qu’il n’est qu’un kilo.
Si le sujet vous pèse : parlez-en à votre médecin traitant ou à un diététicien, surtout si vous avez déjà enchaîné plusieurs régimes. Si votre rapport à la nourriture vous fait souffrir, la ligne Anorexie Boulimie Info Écoute répond au 0810 037 037.
Sources
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Byun, S. S., Bello, N. A., Liao, M., Makarem, N. et Aggarwal, B. (2019). Associations of weight cycling with cardiovascular health using American Heart Association’s Life’s Simple 7 in a diverse sample of women. Preventive Medicine Reports, 16, 100991. Étude transversale, 485 femmes ; odds ratio 2,39 (IC 95 % 1,36 à 4,20). Texte intégral. ↩
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Bangalore, S. et al. (2017). Body-Weight Fluctuations and Outcomes in Coronary Disease. New England Journal of Medicine, 376(14), 1332-1340. Analyse après coup de l’essai TNT, 9 509 personnes avec une maladie coronaire ; financé par le fabricant du médicament étudié. ↩
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Zou, H. et al. (2021). Association between weight cycling and risk of developing diabetes in adults: A systematic review and meta-analysis. Journal of Diabetes Investigation, 12(4), 625-632. 14 cohortes, 253 766 personnes ; risque relatif 1,23 (IC 95 % 1,07 à 1,41). Texte intégral. ↩
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Park, K.-Y. et al. (2019). Body Weight Fluctuation as a Risk Factor for Type 2 Diabetes: Results from a Nationwide Cohort Study. Journal of Clinical Medicine, 8(7), 950. 3 855 884 adultes ; hazard ratio 1,10 (IC 95 % 1,07 à 1,12) pour le quart le plus instable. Texte intégral. ↩
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Magkos, F. et Stefan, N. (2026). Is weight cycling clinically harmful?. The Lancet Diabetes & Endocrinology, 14(7), 594-607. Point de vue argumenté, pas une méta-analyse. ↩
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Haute Autorité de santé (2023, mis à jour en février 2024). Guide du parcours de soins : surpoids et obésité de l’adulte, synthèse. ↩
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Wing, R. R. et Phelan, S. (2005). Long-term weight loss maintenance. The American Journal of Clinical Nutrition, 82(1), 222S-225S. Revue ; le registre étudié est fait de volontaires, sans groupe de comparaison. ↩
Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog