Choisir son défi · Guide

Un mois sans alcool : ce qui change, les pièges, et l’après

Des millions de Français tentent chaque janvier un mois sans alcool. Les études disent ce que ce mois change vraiment, ce qu’il ne change pas, et où l’on trébuche : rarement seul chez soi, presque toujours en société.

Dans le guide Choisir un défi qui tient : la méthode en six questions
Table des matières · 6 parties

En janvier 2024, environ 12 % des Français qui boivent de l’alcool faisaient le Dry January, soit quelque 4,5 millions de personnes selon une enquête représentative1. Ceux qui s’y lancent sont plus souvent inquiets de leur consommation que les autres : ce n’est pas une lubie de gens qui ne boivent presque pas.

Pourquoi trente jours et pas trois mois, et ce que vaut une échéance, nous l’avons raconté dans l’article sur la durée d’un défi. Celui-ci répond à une autre question : une fois lancé, qu’est-ce qui se passe, où est-ce qu’on trébuche, et que faire le 1er février ?

D’abord : pour qui arrêter d’un coup n’est pas une bonne idée

C’est la seule chose de cet article qui peut coûter cher, alors elle passe en premier.

Si vous buvez tous les jours depuis longtemps, ou beaucoup, n’arrêtez pas d’un coup sans avis médical. Chez une personne dépendante, un arrêt brutal peut provoquer des tremblements, des convulsions ou un delirium tremens, qui peut être mortel2. Ce n’est pas une raison de renoncer : c’est une raison d’en parler à un médecin, parce qu’il existe des sevrages accompagnés et sans danger. Alcool info service répond au 0 980 980 930, tous les jours de 8 h à 2 h, gratuitement et anonymement.

Pour tous les autres, un mois sans alcool est un défi comme un autre, et plutôt bien étudié.

Ce qu’un mois change, mesuré

L’étude la plus précise a suivi à Londres 94 buveurs réguliers, environ 26 verres par semaine en moyenne, qui ont arrêté pendant un mois, et 47 qui ont continué. Au bout des trente jours, chez ceux qui avaient arrêté, la résistance à l’insuline avait baissé d’environ un quart, la tension d’environ 6 % et le poids de 1,5 % ; rien n’avait bougé chez ceux qui continuaient, et l’alimentation, le sport ou le tabac n’expliquaient pas l’écart3.

Deux précisions honnêtes. C’est une étude d’observation : chacun choisissait son groupe, personne n’était tiré au sort. Et les volontaires, recrutés à l’hôpital universitaire et par un magazine scientifique, étaient sans doute plus motivés que la moyenne, les auteurs le disent eux-mêmes.

Sur le ressenti, une étude britannique a comparé 1 192 participants au Dry January à 1 549 buveurs qui ne tentaient rien. Ceux qui ont terminé leur mois allaient mieux en février, et encore en août (santé perçue, bien-être, maîtrise de leur consommation) ; chez les autres, rien de tel4. Ce n’est pas un essai non plus, mais la comparaison écarte l’idée d’un simple effet de saison.

Et une revue de 2025, qui a rassemblé les seize études publiées sur le Dry January, retrouve des bénéfices chez ceux qui tiennent et aussi chez ceux qui n’ont pas tenu tout le mois. Elle rappelle que presque tout vient du Royaume-Uni et qu’il manque des études plus rigoureuses5.

Le déroulé d’un mois, sans calendrier inventé

Vous trouverez partout des calendriers du corps (« jour 3 : votre foie… », « semaine 2 : votre peau… »). Aucune étude ne mesure un mois sans alcool semaine par semaine : les suivis se font au départ, à un mois, à six mois. Voici donc le mois découpé par ce qu’on sait vraiment.

Les premiers soirs. Le plus dur n’est souvent pas le manque, c’est l’heure. Le verre de 19 h était accroché à un moment (rentrer, cuisiner, souffler) : le moment revient tous les soirs, sans le verre. Mettez autre chose à la même place, une boisson que vous aimez vraiment, dans le même verre si ça vous aide.

Le sommeil. L’alcool fait s’endormir plus vite, mais il trouble la seconde moitié de la nuit et rogne le sommeil paradoxal6. On s’attend donc à mieux dormir sans lui. Attention pourtant aux promesses : dans une étude belge de 128 participants, le sommeil et le poids ont souvent déçu par rapport à ce que les gens espéraient, quand l’argent économisé et le sentiment de maîtrise ont dépassé leurs attentes7. Si vos nuits ne changent pas en dix jours, ce n’est pas que le défi ne sert à rien.

Les week-ends. C’est là que se joue le mois, et c’est l’objet de la partie suivante.

La fin du mois. C’est à trente jours que l’étude londonienne a mesuré tension, résistance à l’insuline et poids. Ce n’est pas une ligne d’arrivée magique : c’est le moment où l’on sait si ce rythme vous va.

Les soirées : là où l’on trébuche

Dans le suivi de 2 123 participants français au Dry January 2024, ce qui allait avec la réussite : l’avoir déjà tenté, s’être inscrit, se sentir capable de dire non en société, et utiliser le soutien proposé ; fumer allait avec moins de réussite8. Autrement dit, le danger n’est pas le frigo, c’est l’apéro.

Des entretiens avec cinq étudiants anglais qui ne boivent pas décrivent le même dilemme : se déclarer non-buveur, ou inventer une excuse (« je suis sous antibiotiques »), et l’importance des amis qui ne poussent pas9. Cinq personnes, ce sont des récits, pas une statistique ; mais ils ressemblent à ce que tout le monde vit.

Ce qui aide, concrètement :

  • Préparez votre phrase avant la soirée. « Je fais un mois sans, je te raconte à la fin » clôt la discussion mieux qu’une justification. Pas besoin d’inventer une maladie.
  • Ayez un verre en main tôt. Un verre plein de quelque chose attire moins de propositions qu’une main vide.
  • Prévenez une ou deux personnes de la soirée : un allié à table vaut tous les arguments.
  • Faites-le à plusieurs. Un mois sans alcool à deux ou à cinq change la soirée : vous n’êtes plus l’exception.

Et si vous craquez un soir ? Rien n’est perdu. Les bénéfices se retrouvent aussi chez ceux qui n’ont pas tenu tout le mois5 : un verre ne remet pas les trente jours à zéro, il se compte et on continue.

Et le 1er février ?

La crainte classique, c’est l’effet rebond : se rattraper en février. Les études disent plutôt l’inverse. Au Royaume-Uni, très peu de participants boivent davantage après leur mois, et beaucoup boivent moins six mois plus tard10 (le détail est dans l’article sur la durée d’un défi). En Belgique, la consommation était encore plus basse un mois après, sans rebond7. Une étude belge sur 8 730 participants trouve aussi une baisse, mais ses auteurs refusent de l’attribuer à la campagne faute de groupe témoin, et c’est la bonne prudence11.

Pour la suite, le repère officiel en France tient en une phrase : au maximum deux verres par jour, pas tous les jours, et pas plus de dix par semaine12. Ce sont des repères pour réduire les risques, pas un seuil sans risque.

Trois options, toutes valables :

  1. Reprendre avec ce repère, en gardant des jours sans dans la semaine.
  2. Prolonger : un mois de plus, ou trois, si vous vous sentez bien comme ça.
  3. Changer de défi : le mois vous a appris à tenir, servez-vous-en ailleurs, comme arrêter de fumer, qui se tient avec la même mécanique.

Comment le défi se joue dans Challenge Us

Le modèle Pas d’alcool est une limite à zéro verre par jour, pensée pour ce mois-là.

  • La journée se note d’un appui, le soir : « Noter ma journée sans alcool ». Un verre se compte (+1 verre) ; la série repart alors de zéro, et l’app vous rappelle que les jours d’avant comptent toujours.
  • La durée se choisit à la création : 30 jours, 3 mois, 6 mois ou sans fin. Un décompte s’affiche sous l’anneau, et au bout, l’app fige les résultats : un défi est réussi à huit journées tenues sur dix, pas au sans-faute.
  • Un mot du jour : 89 leçons sourcées sur les effets sur le corps et la tête, les habitudes et comment les changer, dont des jalons à 1, 7, 14, 21 et 30 jours, puis au-delà. Tout se retrouve dans l’écran « Comprendre ».
  • L’avertissement de sevrage s’affiche avant de lancer le défi et en tête des leçons, sans pouvoir se replier.
  • Un rappel le soir, si vous avez activé les notifications et que la journée n’est pas encore notée.
  • À plusieurs, chacun voit qui a noté sa journée. Et si vous préférez réduire plutôt qu’arrêter, le modèle Moins d’alcool compte vos verres à la semaine.

Pour choisir entre les deux, et régler un défi qui colle à votre vie, le guide pour choisir son défi pose les six bonnes questions.

Besoin d’aide ? Alcool info service : 0 980 980 930, tous les jours de 8 h à 2 h, gratuit et anonyme, ou votre médecin traitant.

Le modèle tout prêt, et ce qu’il montre chaque soir : un mois sans alcool, à plusieurs.

Sources

  1. Lespine, L.-F., François, D., Haesebaert, J., Delile, J.-M. et al. (2024). Prevalence and characteristics of participants in Dry January 2024: findings from a general population survey in France. Frontiers in Public Health, 12. Texte intégral en accès libre. Échantillon représentatif de 5 000 adultes. ↩

  2. Alcool info service. Sevrage : ce qu’il faut savoir pour mieux vous préparer. ↩

  3. Mehta, G., Macdonald, S., Cronberg, A., Rosselli, M. et al. (2018). Short-term abstinence from alcohol and changes in cardiovascular risk factors, liver function tests and cancer-related growth factors: a prospective observational study. BMJ Open, 8(5), e020673. Texte intégral en accès libre. Consommation de départ : 258 g d’alcool par semaine en moyenne ; variations médianes : résistance à l’insuline −25,9 %, tension systolique −6,6 %, poids −1,5 %. ↩

  4. de Visser, R. O. et Piper, R. (2020). Short- and Longer-Term Benefits of Temporary Alcohol Abstinence During ‘Dry January’ Are Not Also Observed Among Adult Drinkers in the General Population: Prospective Cohort Study. Alcohol and Alcoholism, 55(4), 433-438. Questionnaires en janvier, février et août 2019. ↩

  5. Strowger, M., Meisel, M. K., Uriarte, S. et Colby, S. M. (2025). A scoping review of Dry January: evidence and future directions. Alcohol and Alcoholism, 60(5), agaf057. Texte intégral. ↩ ↩2

  6. Ebrahim, I. O., Shapiro, C. M., Williams, A. J. et Fenwick, P. B. (2013). Alcohol and Sleep I: Effects on Normal Sleep. Alcoholism: Clinical and Experimental Research, 37(4). Revue des études sur des volontaires en bonne santé. ↩

  7. Paulis, C. et Quertemont, E. (2025). Predictors of completion and outcomes of a 1-month alcohol abstinence campaign in Belgium. Alcohol and Alcoholism, 60(5), agaf044. 128 participants à la Tournée Minérale 2023 et 2024, suivis jusqu’à un mois après. ↩ ↩2

  8. Lespine, L.-F., François, D., Haesebaert, J., Delile, J.-M. et al. (2026). Determinants of successful completion and short-term benefits associated with temporary alcohol abstinence during Dry January in France: A prospective cohort study. Preventive Medicine, 202, 108428. 2 123 participants suivis un mois, questionnaires en ligne. ↩

  9. Conroy, D. et de Visser, R. (2014). Being a non-drinking student: An interpretative phenomenological analysis. Psychology & Health, 29(5), 536-551. Étude qualitative, entretiens approfondis avec cinq étudiants. ↩

  10. de Visser, R. O., Robinson, E. et Bond, R. (2016). Voluntary temporary abstinence from alcohol during « Dry January » and subsequent alcohol use. Health Psychology, 35(3), 281-289. 857 participants suivis six mois, sans groupe témoin. ↩

  11. Thienpondt, A., Van Cauwenberg, J., Van Damme, J., Nagelhout, G. E. et al. (2025). Changes in alcohol consumption among Belgian adults participating in the internet-based one-month-abstinence campaign ‘Tournée Minérale’. Archives of Public Health, 83(1). Texte intégral en accès libre. ↩

  12. Santé publique France et Institut national du cancer (2017), repères de consommation, présentés par Alcool info service : Les repères de consommation, qu’est-ce que c’est ? À quoi ça sert ?. Un verre standard contient 10 g d’alcool pur. ↩

Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog

Challenge Us

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