Habitudes · La science dit

Mesurer son bien-être : le test WHO-5 de l’OMS, et comment lire son score

Pourquoi se lancer des défis ? Au bout de la question, on retombe presque toujours sur la même réponse : pour aller mieux. Encore faut-il savoir ce que ça veut dire, et comment on s’en rend compte. C’est de là qu’est venue l’idée d’un questionnaire de l’OMS dans l’app.

Dans le guide Comment créer une habitude qui tient : le guide complet
Table des matières · 10 parties

Vous boucliez vos 10 000 pas tous les jours depuis un mois. Vous avez arrêté l’alcool le soir. Vous vous couchez plus tôt. La question qui compte vraiment n’est pas « est-ce que je tiens ? », c’est « est-ce que je vais mieux ? ».

Aller mieux : le bien-être n’a pas de définition unique

Il n’y a pas de réponse officielle, et c’est tant mieux. Pour l’un, aller mieux, c’est dormir d’une traite. Pour une autre, c’est ne plus avoir le ventre noué le dimanche soir, retrouver l’envie de voir des amis, ou avoir le sentiment que ses journées ont un sens. Ce n’est pas une religion non plus : pas de routine parfaite, pas de gourou, pas d’obligation d’être heureux tout le temps.

La question devient plus pressante quand quelque chose casse : un décès, une rupture, un travail perdu, des kilos pris au fil d’une période difficile. Un défi de pompes ne répare pas un deuil. Mais un petit geste qui réussit chaque jour peut redonner un point d’appui quand le reste vacille. Et quand ça ne suffit pas, ce n’est pas un échec : c’est le signe qu’il faut en parler à quelqu’un.

Il y a parfois des raisons plus terre à terre de se lancer, comme Sly, qui l’a résumé sans détour :

Je dois montrer à la populace à quoi ça ressemble, des vrais pectoraux.

Sly

Même là, au bout, il y a le plaisir de se sentir bien dans sa peau. L’OMS ne dit pas autre chose depuis 1946 : sa constitution définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social », et pas seulement comme l’absence de maladie1. Si c’est ça qu’on vise, comment savoir si on s’en rapproche ?

Le WHO-5, l’indice de bien-être de l’OMS

Des questionnaires sur le bien-être, il en existe des dizaines. On en voulait un qui ait été étudié et éprouvé, et qui renvoie à une autorité compétente : Challenge Us n’a pas vocation à remplacer les gens dont c’est le métier.

Le WHO-5 (pour Five Well-Being Index) a été mis au point dans les années 1990 au Danemark, dans un centre collaborateur de l’OMS pour la santé mentale. En 2024, ce centre en a cédé les droits à l’OMS, qui le publie librement depuis2. Traduit dans plus de trente langues, il fait partie des questionnaires sur le bien-être les plus utilisés au monde3.

Les cinq questions du WHO-5 et le calcul du score

Le questionnaire tient en cinq affirmations. Au cours des deux dernières semaines :

  1. je me suis senti bien et de bonne humeur ;
  2. je me suis senti calme et tranquille ;
  3. je me suis senti plein d’énergie et vigoureux ;
  4. je me suis réveillé en me sentant frais et dispos ;
  5. ma vie quotidienne a été remplie de choses intéressantes.

Pour chacune, on dit à quelle fréquence c’était vrai, de « tout le temps » (5 points) à « jamais » (0). On additionne, on multiplie par quatre : un score de 0 à 100. Plus il est haut, mieux c’est. Aucune question ne porte sur ce qui va mal : c’est voulu, et c’est pourquoi il se remplit sans peine un soir ordinaire.

Une revue de 213 articles conclut qu’il mesure bien ce qu’il prétend mesurer, et qu’il sert aussi bien à suivre une évolution qu’à repérer un moment difficile3. Il a ses limites. Il porte sur comment vous vous sentez, pas sur votre forme physique ni sur votre vie sociale. Et c’est vous qui répondez, de mémoire : il dit ce que vous percevez de vos deux semaines, pas un état qu’on mesurerait de l’extérieur. C’est pour ça qu’un point isolé compte moins que la courbe.

Un point toutes les deux semaines : comment lire sa courbe

Le questionnaire parle des deux dernières semaines. On ne le remplit donc pas tous les jours : deux réponses d’affilée porteraient sur les mêmes journées. Prenons un exemple inventé, trois points à deux semaines d’écart : 40, puis 52, puis 64.

  • Le premier point est un point de départ. 40 ne dit pas si c’est beaucoup ou peu pour vous. L’app ne le commente pas.
  • Le deuxième ne fait pas encore une tendance. 52, c’est mieux, mais deux points peuvent tenir à une bonne semaine.
  • Au troisième, la courbe commence à parler. 64, au-dessus des deux précédents : l’app dit seulement que le dernier point est plus haut, plus bas ou proche des deux d’avant.
Carte « Mon bien-être » dans l’app : un score de 64 sur 100, la phrase « Plus haut que vos deux mesures précédentes », une courbe de trois points de 40 à 64 avec une ligne pointillée à 50, et un bouton « Répondre ».
La carte « Mon bien-être », dans l’onglet Journal : les trois points de l’exemple, et la ligne pointillée des 50. Capture du mode démo.

Ce qu’elle ne dira jamais : que votre défi vous a fait du bien. Votre score a peut-être monté pendant votre mois sans alcool, mais il a pu monter pour dix autres raisons, les vacances, le soleil, une dispute réglée.

Quand ça monte, regardez ce qui a changé pendant ces semaines-là et gardez-le. C’est souvent l’information la plus utile de toute la courbe, et on la laisse passer parce que tout va bien.

Le sommeil et les autres : ce qui fait souvent bouger la courbe

Deux choses reviennent sans cesse dans la recherche sur le bien-être, et elles tombent bien : elles se travaillent par de petits défis.

Le sommeil. Une méta-analyse de 65 essais contrôlés, sur 8 608 participants, montre qu’améliorer son sommeil améliore la santé mentale, avec un effet moyen, et d’autant plus que le sommeil s’améliore4. La quatrième question du WHO-5, se réveiller frais et dispos, ne vient pas de nulle part. Le modèle « Dormir suffisamment » existe dans l’app.

Les autres. Dans une étude sur 222 étudiants, les 10 % les plus heureux avaient tous de bonnes relations avec leur entourage : aucune caractéristique ne suffisait à être très heureux, mais celle-là semblait nécessaire5. C’est une petite étude qui observe sans prouver, mais elle va dans le sens de tout le reste. Un défi à plusieurs, ou le simple « Prendre des nouvelles d’un proche », travaille ce côté-là.

Suivre son bien-être au fil de ses défis et de ses routines

Tout le monde n’a pas besoin de mesurer son bien-être. C’est une option, et elle le restera. Pour qui la prend, c’est une courbe à mettre en regard de sa vie : un défi commencé, une routine changée, une période chargée au travail. Pour nous, c’est la mesure finale : les défis sont des moyens, le bien-être est ce qu’on vise.

C’est particulièrement vrai avec un TDAH. Savoir quoi faire est rarement le problème : c’est de le faire au bon moment, et de continuer quand la récompense est loin. Poser noir sur blanc ce qu’on veut changer, en faire une routine, et voir ses progrès s’afficher jour après jour, c’est rapprocher cette récompense, et la recherche va dans ce sens. Le point bien-être ajoute une question : au-delà des cases cochées, est-ce que ça me fait du bien ?

J’ai complété le questionnaire par curiosité et j’ai été surpris du résultat. Ça m’a donné envie de réussir certaines choses, ou de modifier des routines pour voir si ça pouvait avoir un impact sur la suite.

Jimmy

Mesurer son bien-être sans se tromper

  • Pensez aux deux semaines, pas à ce soir. Une mauvaise journée pèse lourd au moment de répondre. Faites le tour : combien de matins, combien de soirs ?
  • Répondez à peu près au même moment. Un dimanche soir fatigué et un mardi matin frais ne donnent pas le même regard sur la même quinzaine.
  • Soyez honnête. Personne d’autre ne voit vos réponses, ni les participants de vos défis, ni nous. Un score gonflé ne sert qu’à vous tromper vous-même.
  • Faites une pause si besoin. Sauter un point ne casse rien : il n’y a pas de série à tenir. Et si remplir ce questionnaire devient une source d’inquiétude, arrêtez. Un outil qui fait du mal n’est plus un outil.

Le journaling, un bon complément

Le plus simple pour ne pas deviner ses deux semaines, c’est de les écrire. Le journaling, c’est tenir un petit journal de son ressenti : quelques minutes le soir, idéalement chaque jour, pour faire le bilan de la journée. Ce qui s’est passé, comment vous vous êtes senti, ce qui vous a fait du bien, ce qui vous a pesé.

Au moment de répondre aux cinq phrases, vous relisez vos deux semaines au lieu de les reconstruire de mémoire. Et quand la courbe bouge, vous avez de quoi comprendre pourquoi. Ce bilan du soir peut devenir une routine à part entière : le modèle « Tenir son journal » existe dans l’app.

Score WHO-5 sous 50 : ce que ça veut dire, et ce que ça ne dit pas

L’OMS indique qu’un score sous 50 a été proposé comme seuil d’un bien-être bas, et comme signal qu’une évaluation plus poussée par un professionnel serait utile2. C’est tout ce que le chiffre dit.

Ce n’est donc pas un diagnostic, et l’app ne s’en sert pas comme tel. Sous 50, elle vous dit simplement que le score est bas et que, si ça dure, il vaut la peine d’en parler à votre médecin. Deux fois de suite, elle le dit plus clairement.

Si ça ne va pas maintenant, n’attendez pas deux semaines. Des lignes d’écoute répondent à toute heure, gratuitement : le 3114 en France, le 0800 32 123 en Belgique, le 143 en Suisse, le 988 au Canada.

Questions fréquentes

Le WHO-5 est-il un test de dépression ?

Non. C’est un indice de bien-être : il repère un moment où ça va moins bien, sans rien diagnostiquer. Seul un professionnel peut poser un diagnostic.

Quel est un bon score au WHO-5 ?

Il n’y a pas de bon score dans l’absolu. Sous 50, l’OMS parle d’un bien-être bas. Au-dessus, c’est surtout votre propre courbe qui compte : comparez-vous à vous-même, pas aux autres.

À quelle fréquence faire le test ?

Toutes les deux semaines, puisqu’il porte sur les deux dernières semaines. Plus souvent, deux réponses parleraient des mêmes journées.

Le point bien-être dans Challenge Us

Le point bien-être vit dans l’onglet Journal, à côté de vos mesures, et se propose une fois à l’accueil. Il est facultatif : « Non merci » le retire. Vos réponses sont gardées pour vous seul, jamais classées, jamais partagées, et « Effacer mes réponses » supprime tout, votre accord compris. Le soir où il est dû, une phrase s’ajoute au rappel que vous recevez déjà, jamais une notification de plus.

C’est le prolongement d’une idée qu’on retrouve partout sur ce blog : suivre ses progrès aide à avancer. Pour la méthode d’ensemble, lisez comment une habitude se crée vraiment.

Sources

  1. Organisation mondiale de la santé (1946). Constitution de l’Organisation mondiale de la santé, adoptée le 22 juillet 1946, entrée en vigueur le 7 avril 1948. ↩

  2. Organisation mondiale de la santé (2024). The World Health Organization-Five Well-Being Index (WHO-5). WHO/UCN/MSD/MHE/2024.01, licence CC BY-NC-SA 3.0 IGO. ↩ ↩2

  3. Topp, C. W., Østergaard, S. D., Søndergaard, S. et Bech, P. (2015). The WHO-5 Well-Being Index: A systematic review of the literature. Psychotherapy and Psychosomatics, 84(3), 167-176. ↩ ↩2

  4. Scott, A. J., Webb, T. L., Martyn-St James, M., Rowse, G. et Weich, S. (2021). Improving sleep quality leads to better mental health: A meta-analysis of randomised controlled trials. Sleep Medicine Reviews, 60, 101556. Accès libre. ↩

  5. Diener, E. et Seligman, M. E. P. (2002). Very happy people. Psychological Science, 13(1), 81-84. ↩

Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog

Challenge Us

Le blog de l’app

Le blog de Challenge Us : des études expliquées simplement, et pas un chiffre sans sa source. Chaque référence est rouverte et vérifiée avant publication.