Alimentation et poids · La science dit
Pourquoi on a la dalle quand on a bu
Une soirée arrosée, et on rentre avec une faim de loup et plus aucun frein. C'est familier, et les laboratoires l'expliquent : l'alcool ouvre l'appétit, et il affaiblit ce qui nous fait dire non. Bonne nouvelle, ça se prépare avant de sortir, pas à 3 h du matin.
Dans le guide Perdre du poids : ce que la science sait vraiment en 2026Table des matières · 5 parties
Il est 3 h du matin. Le dîner était correct, la soirée aussi, jusqu’au moment où le chemin du retour passe devant la seule enseigne encore allumée, le Mac Do. Le lendemain, on se demande ce qui s’est passé. Ce n’était pas de la faim, on avait mangé. C’était autre chose.
Quand je suis bourré, je n’arrive pas à me contrôler, je rentre avec d’énormes dalles.
Cet autre chose a été étudié, et il tient en deux mécanismes : l’alcool ouvre l’appétit, et il desserre le frein.
On ne compense pas, on en rajoute
La première chose qu’on aimerait croire, c’est que le corps fait ses comptes : l’alcool a apporté des calories, on aura donc moins faim. Les expériences disent le contraire.
Une revue a rassemblé 22 études, soit 701 volontaires, où l’on servait à boire soit de l’alcool, soit une boisson sans, avant de les laisser manger à volonté. Aucune ne trouve de compensation : personne ne mange moins après l’alcool. Et en moyenne, on mange un peu plus, de l’ordre de 80 kcal de nourriture en plus, pour environ 250 kcal de plus au total en comptant la boisson1. Les doses étaient modestes, les volontaires jeunes (18 à 37 ans), et les études assez différentes entre elles : c’est une tendance nette, pas un chiffre à appliquer à votre soirée.
Ce qu’on appelle l’effet apéritif a d’ailleurs été observé dans le cerveau. Dans une étude de 2015, 35 femmes ont reçu de l’alcool ou une solution salée par perfusion, sans savoir laquelle, puis on leur a fait sentir des odeurs de plats. Sous alcool, une zone du cerveau qui règle la faim, l’hypothalamus, réagissait plus fort aux odeurs de nourriture, et elles ont mangé davantage ensuite2.
Chez la souris, une équipe est allée plus loin. L’alcool active les neurones qui déclenchent normalement la faim quand on jeûne ; en les bloquant, l’alcool ne faisait plus trop manger les souris3. Ce sont des souris, pas des humains, mais le résultat va dans le même sens : l’alcool envoie au cerveau un signal de faim, alors même qu’il apporte des calories.
Le frein lâche
La faim n’explique pas tout. Il y a aussi ce qui nous fait habituellement dire « non, j’ai assez mangé ».
En 2016, 60 étudiantes ont reçu soit de l’alcool (environ quatre verres pour 70 kg), soit une boisson qui en avait l’odeur et le goût sans en contenir. Puis un test de contrôle de soi, et enfin des biscuits à goûter pendant un quart d’heure. Celles qui avaient bu de l’alcool ont moins bien réussi le test, et ont mangé plus de biscuits. Surtout, l’écart de biscuits passait par l’écart au test de contrôle, pas par une envie plus forte : elles n’avaient pas plus envie de manger, elles avaient plus de mal à s’arrêter4.
C’est exactement ce que dit la phrase du début : « je n’arrive pas à me contrôler ». Ce n’est pas une faiblesse de caractère, c’est l’effet attendu d’une substance qui s’attaque au frein. Et c’est une mauvaise nouvelle pour la stratégie « je ferai attention sur place » : sur place, l’outil pour faire attention est justement celui qui est touché.
Détail intéressant de la même étude : les participantes qui surveillaient le plus leur alimentation au quotidien s’en sortaient mieux. Une habitude solide résiste un peu mieux qu’une décision prise sur le moment.
Le lendemain aussi
La soirée ne s’arrête pas à la sortie du bar. Dans une grande enquête américaine, des buveurs ont raconté ce qu’ils avaient mangé un jour où ils avaient bu et un jour où ils n’avaient pas bu. Les jours avec alcool, les hommes mangeaient en moyenne 168 kcal de plus hors boisson, avec plus de viande et de pommes de terre ; les femmes ne mangeaient pas plus, mais plus gras5. C’étaient pourtant surtout des buveurs modérés.
Ce que ça coûte, mis bout à bout sur une semaine, et pourquoi la balance du lendemain exagère : c’est le sujet de notre article sur la soirée qui flingue la semaine.
Ce qui marche : décider avant
Puisque c’est le contrôle qui lâche, la seule stratégie fiable est de décider pendant qu’on l’a encore, avant de sortir.
- Mangez un vrai repas avant. On rentre avec moins de place pour la dalle, et l’alcool passe moins vite dans le sang quand l’estomac est plein6.
- Ne gardez rien à la maison qui appelle. Ce qu’il n’y a pas dans le placard à 3 h ne se mange pas. À l’inverse, un plat que vous aimez, prêt au frigo, bat la livraison.
- Prévoyez le retour. Le trajet qui passe devant le snack est une décision qu’on peut prendre la veille, pas à la sortie.
- Buvez moins, tout simplement. Chaque verre en moins, c’est un peu plus de frein. Alterner avec un sans alcool est la version la plus simple, et pourquoi le premier verre donne envie du deuxième est expliqué dans notre article sur « après une bière, je ne peux plus m’arrêter ».
- Le lendemain, reprenez à la normale. Pas de « de toute façon c’est fichu ». Un repas ne défait pas une semaine, un dimanche de rattrapage oui.
Et si ces soirées reviennent souvent, c’est peut-être le moment d’essayer un mois sans : ce que ça change et où l’on trébuche est dans notre guide sur un mois sans alcool. Pour le reste, ce qui compte vraiment pour perdre du poids est dans notre guide sur la perte de poids.
Comment ça se joue dans Challenge Us
L’app ne juge pas votre kebab. Elle vous aide à tenir la décision prise avant la soirée. Le modèle Moins d’alcool compte vos verres avec une limite à la semaine, d’un appui par verre ; Pas d’alcool se valide chaque soir d’un appui. Et quand le groupe voit les verres des uns et des autres, dire « pour moi, c’est un sans alcool » devient beaucoup plus simple.
Besoin d’aide ? Au bout du fil, des gens dont c’est le métier, sans jugement :
- France : Alcool Info Service (Santé publique France), 0 980 980 930, tous les jours de 8 h à 2 h, appel anonyme et non surtaxé.
- Belgique : Infor-Drogues & Addictions, 02 227 52 52, du lundi au samedi, anonyme.
- Suisse : Addiction Suisse, 0800 105 105, numéro gratuit, en semaine le matin ; et SafeZone.ch, conseil gratuit et anonyme en ligne.
- Québec : Drogue : aide et référence, 514 527-2626 à Montréal, 1 800 265-2626 ailleurs au Québec, 24 h sur 24, gratuit et confidentiel.
- Luxembourg : Centre national de prévention des addictions (CNAPA), 49 77 77 1, du lundi au vendredi de 9 h à 13 h.
Partout ailleurs, et partout tout court : votre médecin traitant.
Sources
-
Kwok, A., Dordevic, A. L., Paton, G., Page, M. J. et al. (2019). Effect of alcohol consumption on food energy intake: a systematic review and meta-analysis. British Journal of Nutrition, 121(5), 481-495. Méta-analyse de douze essais : +343 kJ de nourriture et +1 072 kJ au total, soit environ 82 et 256 kcal. ↩
-
Eiler, W. J. A., Džemidžić, M., Case, K. R., Soeurt, C. M. et al. (2015). The apéritif effect: Alcohol’s effects on the brain’s response to food aromas in women. Obesity, 23(7), 1386-1393. 35 femmes, imagerie cérébrale, chaque participante testée sous alcool et sous placebo. Texte intégral en accès libre. ↩
-
Cains, S., Blomeley, C., Kollo, M., Rácz, R. et al. (2017). Agrp neuron activity is required for alcohol-induced overeating. Nature Communications, 8, 14014. Étude chez la souris ; un correctif mineur a été publié. Texte intégral en accès libre. ↩
-
Christiansen, P., Rose, A., Randall-Smith, L. et Hardman, C. A. (2016). Alcohol’s acute effect on food intake is mediated by inhibitory control impairments. Health Psychology, 35(5), 518-522. 60 étudiantes, 0,6 g d’alcool par kilo, contre placebo. ↩
-
Breslow, R. A., Chen, C. M., Graubard, B. I., Jacobovits, T. et al. (2013). Diets of drinkers on drinking and nondrinking days: NHANES 2003–2008. The American Journal of Clinical Nutrition, 97(5), 1068-1075. 1 864 buveurs, deux rappels alimentaires de 24 heures chacun. Texte intégral. ↩
-
Jones, A. W. et Jönsson, K. Å. (1994). Food-Induced Lowering of Blood-Ethanol Profiles and Increased Rate of Elimination Immediately After a Meal. Journal of Forensic Sciences, 39(4), 1084-1093. Dix hommes, même dose à jeun ou après un petit-déjeuner. ↩
Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog