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Lire, écrire, compter avec son enfant : un peu chaque semaine

Le cahier de vacances ouvert trois fois en juillet, on connaît. Faire un peu d’école à la maison tient mieux avec deux courtes séances par semaine, prévues à l’avance, dont l’enfant choisit une partie. Voici pourquoi, et de quoi remplir ces séances sans rien acheter.

Dans le guide Tenir à plusieurs : pourquoi ça marche, et avec qui se lancer
Table des matières · 7 parties

Dimanche soir, le cahier d’exercices refait surface. Dix pages d’un coup, l’enfant qui soupire, le parent qui s’énerve, et on le range jusqu’au prochain remords. Le problème n’est pas l’envie, c’est la forme : un grand effort de temps en temps, alors que ce qui marche ressemble plutôt à quelques minutes, souvent, prévues à l’avance.

Ce qui aide vraiment un enfant à apprendre

Lire des histoires à son enfant est précieux, mais pas pour la raison qu’on croit. Avant l’âge de lire, les histoires lues à voix haute vont de pair avec un meilleur langage et une entrée plus facile dans l’écrit ; une fois l’enfant lecteur, l’effet s’amenuise1.

Pour apprendre à lire, c’est autre chose. Une méta-analyse de 16 études (1 340 familles) montre que l’implication des parents fait progresser la lecture, et que l’effet est plus net quand le parent fait travailler des points précis (les sons, les syllabes, des mots) que lorsqu’il écoute simplement son enfant lire. Dans les trois études où les parents lisaient seulement des histoires, la lecture n’a pas progressé de façon mesurable2. Les deux se complètent : l’histoire du soir pour le plaisir et le vocabulaire, la séance pour l’apprentissage.

Pour les maths, un essai tiré au sort auprès de 587 élèves de CP a donné à des familles de petits problèmes à résoudre ensemble, quelques minutes à la fois. Les enfants ont progressé sur l’année, et d’autant plus que le parent n’aimait pas les maths3. Pas besoin d’être bon en calcul pour aider : il suffit d’en faire un peu, ensemble.

Pourquoi à la semaine, et en courtes séances

Plusieurs courtes séances réparties retiennent mieux qu’une longue. C’est l’un des résultats les plus répliqués de la psychologie de la mémoire, sur 317 expériences, même s’il a surtout été mesuré chez des adultes4. Quinze minutes le mercredi et quinze le samedi valent mieux qu’une heure le dimanche.

Et la semaine pardonne. Un objectif quotidien casse au premier soir de fièvre ou de réunion tardive ; deux séances par semaine laissent cinq jours pour les caser. C’est la différence entre une habitude qui tient et une résolution qu’on abandonne en octobre.

La façon compte plus que le temps passé

Une revue de 2007 porte un titre qui résume tout : « plus n’est pas toujours mieux ». C’est la manière dont les parents s’impliquent qui décide de l’effet, pas la quantité5. Même constat pour les devoirs : l’aide des parents n’a pas un effet univoque, il dépend de l’âge de l’enfant et de la façon de s’y prendre6.

Concrètement :

  • Demandez-lui. Une méta-analyse de 41 études montre que laisser choisir augmente la motivation, davantage chez les enfants que chez les adultes, et surtout avec deux à quatre options7. « Lire, écrire ou calculer ? » suffit, ou deux livres au choix.
  • Arrêtez avant la fatigue. Mieux vaut finir sur une réussite qu’à la limite des larmes. Quinze minutes pour un enfant de maternelle ou de CP, un peu plus ensuite.
  • Partez de l’école. Demandez à l’enseignant ce qui se travaille en classe ce trimestre : vos séances prolongent la sienne au lieu de la contredire.

Planifier, préparer, et c’est à moitié fait

Une séance improvisée finit souvent en « on verra demain ». Trois gestes changent tout :

  1. Un créneau fixe, attaché à un moment qui existe déjà : « le mercredi après le goûter », « le samedi avant le parc ». C’est la méthode « si… alors », expliquée dans notre article sur les intentions de mise en œuvre.
  2. Cinq minutes de préparation le dimanche : noter les deux activités de la semaine, sortir le livre ou le jeu.
  3. Une boîte à idées, que l’enfant remplit aussi. Quand il propose, il vient plus volontiers.

Des idées simples, sans rien acheter

Pour lire. La bibliothèque ou la médiathèque de quartier est l’alliée numéro un : l’inscription des enfants y est souvent gratuite (renseignez-vous auprès de votre commune), les bibliothécaires conseillent volontiers des livres adaptés à l’âge, et beaucoup organisent des lectures d’histoires. Laissez l’enfant choisir ses livres, lisez à deux voix (une page chacun), faites-lui lire une recette ou les panneaux dans la rue.

Pour écrire. Écrire pour de vrai motive plus qu’une ligne de copie : la liste de courses, une carte postale aux grands-parents, les étiquettes de ses boîtes, trois lignes sur sa semaine dans un carnet à lui, ou une histoire qu’il vous dicte puis recopie un morceau.

Pour compter. Les jeux de société à cases numérotées font merveille. Dans une étude, des enfants de cinq ans ont joué environ une heure à un jeu de plateau de ce type : ils ont progressé en comptage et en comparaison de nombres, encore neuf semaines plus tard ; le même jeu avec des cases de couleur n’a rien donné8. Ajoutez la cuisine (peser, doubler une recette), les courses (rendre la monnaie), les dés, l’horloge.

Où trouver d’autres idées. Les rayons « activités » et « parents » de la bibliothèque, l’enseignant de votre enfant, les sites de ressources de l’Éducation nationale de votre pays, et les autres parents du défi : chacun apporte ses trouvailles.

D’une pierre deux coups : moins d’écran

Ces séances prennent souvent la place d’un moment d’écran, et c’est un bonus. Chez 2 441 enfants suivis de 2 à 5 ans, plus d’écran à 2 et 3 ans précédait des résultats un peu moins bons aux tests de développement. C’est une association, et elle est petite9, mais elle va dans le même sens que tout le reste : remplacer un dessin animé par une partie de jeu de l’oie ne coûte rien et rapporte deux fois. Si l’écran du soir est déjà un sujet chez vous, le défi Des soirées sans écran se joue en parallèle.

Dans l’app

Le défi Lire, écrire, compter avec mon enfant se compte à la semaine : une, deux ou trois séances, validées d’un appui (« Séance faite »). Invitez l’autre parent, ou les grands-parents qui prennent l’enfant le mercredi : chacun encode ses séances, et la famille voit la semaine avancer. Et pour les semaines sans cahier, il y a l’atelier créatif.

Sources

  1. Bus, A. G., van IJzendoorn, M. H., & Pellegrini, A. D. (1995). Joint book reading makes for success in learning to read: A meta-analysis on intergenerational transmission of literacy. Review of Educational Research, 65(1), 1-21. ↩

  2. Sénéchal, M., & Young, L. (2008). The effect of family literacy interventions on children’s acquisition of reading from kindergarten to grade 3: A meta-analytic review. Review of Educational Research, 78(4), 880-907. ↩

  3. Berkowitz, T. et al. (2015). Math at home adds up to achievement in school. Science, 350(6257), 196-198. ↩

  4. Cepeda, N. J. et al. (2006). Distributed practice in verbal recall tasks: A review and quantitative synthesis. Psychological Bulletin, 132(3), 354-380. ↩

  5. Pomerantz, E. M., Moorman, E. A., & Litwack, S. D. (2007). The how, whom, and why of parents’ involvement in children’s academic lives: More is not always better. Review of Educational Research, 77(3), 373-410. ↩

  6. Patall, E. A., Cooper, H., & Robinson, J. C. (2008). Parent involvement in homework: A research synthesis. Review of Educational Research, 78(4), 1039-1101. ↩

  7. Patall, E. A., Cooper, H., & Robinson, J. C. (2008). The effects of choice on intrinsic motivation and related outcomes: A meta-analysis of research findings. Psychological Bulletin, 134(2), 270-300. ↩

  8. Ramani, G. B., & Siegler, R. S. (2008). Promoting broad and stable improvements in low-income children’s numerical knowledge through playing number board games. Child Development, 79(2), 375-394. ↩

  9. Madigan, S. et al. (2019). Association between screen time and children’s performance on a developmental screening test. JAMA Pediatrics, 173(3), 244. Accès libre : PMC6439882. ↩

Sources rouvertes et vérifiées une à une. Comment on écrit ce blog

Challenge Us

Le blog de l’app

Le blog de Challenge Us : des études expliquées simplement, et pas un chiffre sans sa source. Chaque référence est rouverte et vérifiée avant publication.